Mme Golding en visite, tôt, à Paris.

12 Jan


8h30, l’heure de pointe.
Elle est entrée dans la rame de métro et a tenté non sans mal l’assise sur un strapontin, avant de bifurquer opportunément juste en face de moi, dans le carré Vip des biens assis, combatifs ou chanceux matinaux, évitant de justesse la mise en boîte à la station Gambetta.
Aux pieds, de petits souliers marrons avec un léger talon.
Instantanément j’ai senti cet œil de bête curieuse sur elle, le mien.

Son manteau de laine moucheté de noir, de gris et de mauve, aurait pu paraître moderne si la coupe et la matière de la jupe n’avaient révélé un goût (et son absence) pour des temps plus anciens. Le corsage de couleur crème était boutonné quasi jusqu’aux oreilles, laissant juste apparaitre des lobes décorés de petites boucles dorées qui ne cessaient de s’agiter. Une paire de lunettes des mêmes temps, sévèrement années 50, monture fine et métallique, en accent grave sur le dessus, était posée sur son nez, plutôt petit-pointu.
Les cheveux étaient teints foncés et mis en plis bien sûr. Pareil pour les yeux.
A ce moment j’ai bien pensé qu’elle s’évaltonnait toute amidonnée de je ne sais quel hameau français, bien mise pour l’occasion, pour son débarquement à Paris, certes avec quelques décennies (de mode) de retard.

Aucune tendresse n’accueillait ce personnage, plutôt sec, sans inquiétude ou fragilité apparente, totalement absent à son environnement et à mon regard un peu coi.

Sans être enveloppée, et l’âge aidant aussi (la vieille cinquantaine), un double menton avait fait son apparition. Celui-ci s’agitait au rythme de la mastication totalement frénétique d’un chewing-gum qui communiquait ses secousses jusqu’aux oreilles percées.
C’était son sac au départ qui m’avait titillée -incongruité de la silhouette générale : un cartable des années 80, de cuir noir et petit format, précautionneusement déposé sur ses genoux…
Elle en sortit une pochette emplie de papiers.
Des brochures touristiques. Un Stabilo jaune fluo en main, elle commença à surligner méthodiquement des extraits de commentaire sur divers monuments ou expositions.
C’est là que j’ai pu identifier sa langue et confirmer ma deuxième hypothèse : des origines britanniques. Je l’ai alors aussitôt transportée dans cette belle et verdoyante campagne anglaise, ses petits cottages blancs et douillets, ses gens à l’intérieur qui s’abritent du crachin, qui sortent tout juste du four de bon petits gâteaux tout chauds…
Et qui guettent le moindre mouvement dans la maisonnée d’à côté.

Je l’ai assez vite nommée Mme Golding, pas très original (c’est parfait) mais ça roule et remue comme son chewing-gum dans la bouche et fait cling-bling comme ses boucles d’oreille.
Ne cherchez pas de chute à ce portrait, il n’y en a pas…
Mme Golding s’en est bientôt allée, le nez au vent, appliquée, le pas sérieux, déterminée à découvrir toutes les merveilles essentielles des guides touristiques : la Tour de Gustave, le Louvre, Orsay, à moins que ce ne soit Notre Dame…
Juste un personnage de film, de fil, si réel et si cliché : une perle.

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Une Réponse to “Mme Golding en visite, tôt, à Paris.”

  1. Bouisset 16 janvier 2011 à 12:19 #

    Génial ! on en veut encore !!!!

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