5/7/5 : Haïku…!

31 Oct

Sandrine Bailly, une saison au Japon

Les 6 mots lancés dans le dernier article de la Poulette Rose m’ont fait penser à ce bref poème japonais qu’est le Haïku…

Cette structure poétique est relativement codifiée mais les contraintes aident aussi l’imaginaire…et permettent d’aborder l’exercice comme un jeu !

Haïku du poète Ryokan (1758-1831) :

 

 La fenêtre ouverte
tout le passé me revient –
bien mieux qu’un rêve !

Le Haiku est donc un très court poème qui évoque l’intensité d’un moment tel un instantané, un polaroid. C’est un poème « vrai », le poème du quotidien. Il est en même temps l’expression du permanent et de l’éphémère, de l’évanescence des choses….

Voici les règles d’origine, certains des maîtres japonais ont pu parfois légèrement s’en écarter quand d’autres ont également cherché à renouveler le genre:

  • Les saisons

Le Haiku doit comporter un kigo, l’évocation d’une saison. Le poème est ainsi situé dans le temps et dans l’espace, il n’est pas une idée abstraite.

  • 17 syllabes ou le « 5/7/5 »

Ce poème est composé de 3 vers de 17 syllabes réparties en 5/7/5 … même si les grands maîtres japonais ne se sont pas forcément laissés contraindre par cette pratique.

  • Sans rime

Le haïku ne prend pas sa force dans la rime, comme dans la poésie occidentale.

  • Les cinq sens

Le  haïku est généralement le fruit d’un de nos cinq sens: le toucher, le goût, l’ouïe, l’odorat ou la vue. Il fait appel à un sens pour capter le réel et non à l’intellect.

  • Eviter verbe, participe présent, adverbe, préposition (dans, sur, entre, parmi) et article (car certains éléments, comme les articles, n’existent pas en japonais), métaphore et personnification

Un fragment de phrase est souvent l’essence du haïku comme…le fragment de la réalité.

  • Faire une césure à la fin de la 1ère ou de la seconde ligne (mais pas au deux).

 

Allez, voici mes essais …

"Chrysanthèmes et abeille" Hokusai

Fusils à l’épaule
Renards et lapins, cavale!
Bruissement des blés

Abeilles affairées
Châtaigniers en fleurs et sucs
Fiévreux miel d’été

Table printanière
Légumes verts et autres couleurs
Pois de coccinelle

Pétales vermillon
Roses au sol éparpillées
Quelques gouttes de sang

 

Et puis ceux des maîtres japonais 

(A l’origine, le Haiku est écrit sur une seule ligne, les / indiquent les respirations je dirais)

"Neige abondante à la fin de l'année" Kunisada

Haïkus d’hiver

Neige qui tombait sur nous deux / es-tu la même / cette année?
Matsuo Bashô, 1644-1694

Me retournant pour voir / l’homme que j’ai croisé…/ le brouillard
Masaoka Shiki, 1866-1902

Haïkus de printemps

Sous un voile de lune / ombre de fleur / ombre de femme! 
Sôseki Natsume, 1867-1916

Le printemps qui s’éloigne / hésite / parmi les derniers cerisiers
Yosa Buson, 1716-1783

Haïkus d’été

Sous la pluie d’été / raccourcissent / les pattes du héron
Matsuo Bashô 1644-1694

Anniversaire de la Bombe / j’essuie mon corps nu / d’un matin sans blessure
Tôsei Ishida, né en 1920

Haïkus d’automne

Les herbes se couvrent/ d’automne / Je m’assieds
Matsuo Bashô 1644-1694

Verse l’averse d’automne / je ne suis / pas encore mort!
Taneda Santôka , 1882-1939

 

A vous de jouer…!

"Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple Kiyomizu" Suzuki Harunobu

Histoire courte du Haïku

Le haïku existe depuis plusieurs siècles. Il remonte au « tanka », poème court dont le premier recueil date de 760. Le tanka est un poème de 5 vers (5,7,5,7,7 syllabes). La première partie (5,7,5), le « hokku » évoque la nature et la saison et la seconde (7,7) décrit les émotions et les sentiments.
Peu à peu le hokku devient poème à part entière, le « haïku », évoquant toujours la nature et la saison, mais sans expliciter les sentiments, créant ainsi un art de l’ellipse et du non-dit typiquement japonais.

Les principaux maîtres du Haïku

– Matsuo Bashô (1644-1694), l’initiateur
– Yosa Buson (1716-1783),
l’héritier
– Kobayashi Issa (1763-1827),
redynamise le genre
– Masaoka Shiki (1866-1902), épure et rajeunit le haïku; l’appellation Haiku et non plus Hokku lui revient
– Hekigodo (1873-1937), disciple de Shiki et chef de file du haïku avant-gardiste et expérimental, tant pour l’esprit que pour la forme (ni 5/7/5 syllabes ni kigo).
– Kyoshi (1874-1959), héritier de Shiki, codificateur très strict et propagateur du haïku dit traditionnel qui chante « les fleurs et les oiseaux ».
– Taneda Santôka (1882-1939), moine zen et poète

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2 Réponses to “5/7/5 : Haïku…!”

  1. La poulette rose 1 novembre 2011 à 18:13 #

    Merci chère poulette pour cet instant de poésie. Ces mots, ces images, ces secondes suspendues me remplissent d’émotion. Je te fais une révérence pour tes haikus exquis. 🙂

    • Poulette Carlotta 1 novembre 2011 à 22:15 #

      Merci à toi, ça me va droit au coeur…;-)

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