Bien mieux fichu que l’as de pique, il avait aussi le sel attique…

16 Jan

Je me levais dès potron-minet ce samedi d’août. Il tombait des hallebardes.

Vincent m’avait donné rendez-vous au Trocadéro, sortie nord. J’avais le béguin pour lui. Il avait le sel attique et pas froid aux yeux, enfin selon les circonstances. Lui raillait mon esprit d’escalier et mon coeur d’artichaut.

Plus de ¾ d’heure que je l’attendais. La pluie avait cessé. Je trépignais. M’avait-il posé un lapin…?

Nous partions pour la côte, notre premier week-end ensemble, son premier engagement, loin de sa femme. Il me comptait fleurette depuis des mois et je ne voyais rien venir.
J’aperçus enfin sa peugeot 204, décapotable, étincelante. Mon coeur battait la chamade. Il klaxonna. J’entendis comme l’hallali. Je frissonnais. Il était midi et la chaleur s’annonçait caniculaire.
Il s’arrêta net à mes pieds.
Il semblait revenir de Pontoise.
Il invoqua 36 raisons à son retard. Je lui donnais le change, je ne voulais pas me disputer mais il ne pourrait encore longtemps me payer en monnaie de singe.
Il démarra. Je rongeais mon frein. Ce moment tant attendu était arrivé pourtant j’avais envie d’exprimer à cor et à cri ma frustration…

C’était notre premier week-end, pourtant il s’annonçait déjà comme le dernier.

Vous voudriez en savoir plus peut-être…? Mais cette histoire est inventée ( bien que…). Un prétexte pour (re)découvrir et saisir l’origine de quelques unes de ces expressions qui s’immisc(ai)ent dans nos conversations…Leur histoire est parfois surprenante ou rigolotte…le mot lui-même est parfois amusant, comme ce potron-minet…et « avoir le sel attique », vous saviez à quoi ça faisait référence vous? Et « revenir de Pontoise »? Maintenant, grâce à Poulette Carlotta, vous pourrez briller tel Sirius dans sa constellation en plein été.

  • Dès potron-minet
    « Très tôt le matin »

L’expression “dès potron-minet” (1835) est issue de la locution de 1640 – aujourd’hui disparue – “dès potron-jacquet”. « Potron » est une déformation de « poistron » qui signifie « postérieur » et « jacquet » signifie écureuil et c’est souvent la petite queue en panache de l’écureuil que l’on voit lorqu’il s’active. L’expression d’origine étant se lever tôt comme un écureuil, petit à petit elle se transforma en « dès potron-minet », l’écureuil se substituant au chat, réputé matinal, à l’affut, dès l’aube, des moindres bruissements de ses futures proies.

  • Tomber des hallebardes
    « Pleuvoir très fort »

Pour la similitude avec la lance du Moyen âge et sa trajectoire.
De plus, au XVIe siècle, le terme “lance” désignait l’eau en argot peut-être que le remplacement de lance par hallebarde se fit au fil du temps.
Par ailleurs, “lancequiner” signifie “pleuvoir à verse” comme le définit N. Hayard dans son dictionnaire en 1907.

  • Avoir le béguin
    « Etre amoureux »

Le béguin était la coiffure des béguines, les religieuses du tiers-ordre de saint François, fondé au XIIe siècle en Belgique. Parallèlement, « être coiffé » signifiait « être aveuglé, réduit à la merci de quelqu’un » en raison de l’image de celui qui a le bonnet enfoncé sur les yeux. Il n’en fallut pas plus pour que l’on parle d’être embéguiné : être aveuglé par quelqu’un, quelque chose, par des propos… Et au XIVe siècle, naissait l’expression « avoir le béguin » : être amoureux

  • Avoir le sel attique
    « Avoir de l’esprit, être fin dans la plaisanterie »

Cette expression remonte au XVIIème siècle. Le terme attique viendrait de la Grèce où la région du même nom existe et où les habitants étaient réputés pour leur esprit fin.

  • Ne pas avoir froid aux yeux
    « Ne pas avoir peur, être courageux »

Au XVIe siècle de nombreuses locutions du genre existaient, mais toutes dans une forme affirmative : avoir froid aux pieds (être jaloux), avoir froid aux dents (avoir faim)… L’hypothèse serait donc selon Le Robert qu’une ancienne forme eut été : avoir froid aux yeux (être lâche). La forme que nous connaissons aujourd’hui est attestée depuis le XIXe siècle.

  • L’esprit de l’escalier
    « Réagir après coup »

L’expression s’oppose à l’esprit d’à-propos ou l’esprit de la répartie. Elle nous viendrait de Rousseau pour certains, de Diderot pour d’autres… Quoi qu’il en soit, elle renvoie au recul psychologique pris par rapport à une situation une discussion : dans les immeubles urbains de l’époque, le fait de descendre les escaliers suffisait à faire venir la réplique. « J’aurais dû lui dire… ».

  • Avoir un coeur d’artichaut
    « Tomber facilement amoureux »

C’est au XIXe siècle qu’est née cette expression. On avait alors coutume de dire : « cœur d’artichaut, une feuille pour tout le monde », en référence aux feuilles de l’aliment qui se détachent. Un lien fut vite fait entre le végétal et le cœur de l’homme, pour qualifier une personne qui donne trop facilement son amour aux personnes qui lui plaisent.

  • Poser un lapin
    « Ne pas se présenter à un rendez-vous »

XIXe siècle, « poser un lapin » signifiait ne pas payer les faveurs d’une femme de petite vertu ou voyager sans payer.
Claude Duneton suggère que la signification actuelle -issue du monde étudiant des années 1890 selon G.Esnault- viendrait d’une autre expression du XIXe siècle: “faire poser ou laisser poser quelqu’un” (Faire attendre, mystifier, se moquer des gens).
Michel Lis et Michel Barbier donnent une autre origine dans leur livre Franc-parler. Ils expliquent en effet, qu’en 1718, un “lapin” est une histoire incroyable et fausse (”celui là est de garenne” est une tournure moqueuse du XVIIe siècle pour désigner un récit particulièrement fantastique). Par la suite serait, alors, apparue l’expression “poser un lapin” pour “raconter des histoires, des blagues” et donner de faux rendez-vous amoureux.

  • Compter fleurette
    « Faire la cour »

Cette expression désuette a des origines plutôt floues. Il semblerait qu’elle vienne de la métaphore répandue au XVIe siècle du mot fleurette : balivernes. Fleureter signifiant dire des balivernes. Et souvent utilisée dans le cadre des relations amoureuses et l’amour fut souvent associé au printemps, aux fleurs, aux herbes folles et que jeunes filles et jeunes hommes s’adonnaient à de nombreux jeux avec les fleurs : cueillettes, couronnes, etc. Dans la Rome antique déjà, on parlait de langage fleuri : rosas loqui…

  • Avoir le coeur qui bat la chamade
    « Avoir le coeur qui s’emballe sous le coup d’une émotion »

Historiquement la chamade est un terme militaire italien (chiamada) qui signifie « appel ». Il s’agissait du signal donné au tambour ou à la trompette par les assiégés pour montrer leur intention de se rendre ou de parlementer. L’image s’est étendue au cœur sur le point de succomber au charme de son adversaire. Et le terme battre s’est tout simplement imposé, évoquant les battements du cœur.

  • Sonner l’hallali
    « Proche de la fin »

L’expression trouve son origine dans le langage de la chasse à courre. “Hallali”, interjection et nom masculin, est attesté en 1683 sous la forme ha la ly; son graphisme moderne date de 1751. Composé d’une forme conjuguée de haler (”exciter les chiens”) et de à lui sous la forme réduite a li (soit hale à lui), ce terme s’est déformé au cours du temps pour passer de hale a li à hallali. Le cri hallali s’emploie en vénerie pour désigner le moment où l’animal pourchassé est aux abois d’où l’expression “sonner l’hallali” lorsque la sonnerie du cor retentit. Par métonymie, ce terme désignera, dès 1877, la mise à mort du gibier.
L’expression prendra son sens figuré (approche de la fin) dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

  • « Caniculaire »
    Forte chaleur

Sirius, la principale étoile de la constellation du Grand Chien (canicula!) était autrefois dénommée « Canicule ». Ce corps céleste , entre le 22 juillet et le 22 août, se lève et se couche avec le soleil : elle devint l’étoile de la chaleur.

  • Avoir l’air de revenir de Pontoise
    « Avoir l’air ahuri »

Pontoise, petite bourgade située à une vingtaine de kilomètres de Paris, fut à plusieurs reprises au XVIIIe siècle le refuge de Louis XIV. Ceci ajouté à une certaine moquerie des Parisiens pour les « provinciaux », il n’en fallut pas plus pour faire naître cette expression.

  • Les trente-six raisons d’Arlequin
    « Excuses sans valeur »

Arlequin, personnage rusé et sans scrupules de la comédie italienne, fut chargé d’excuser son maître qui avait omis de se rendre à une invitation. Il invoqua alors trente-six raisons ; la première étant que son maître était mort !

  • Donner le change
    « Donner de faux indices »

Une autre expression qui nous vient de la chasse à courre. L’animal pourchassé, mû par son instinct de survie, tentait parfois de fausser les pistes en lançant les chasseurs sur les traces d’un autre animal. C’est ce qu’on appelait le « change ». Lorsqu’un animal parvenait à faire tuer l’autre animal à sa place on disait qu’il « avait donné le change ». Cette expression fut généralisée au XVIIe siècle.

  • Payer en monnaie de singe
    « Payer en fausse monnaie, en plaisanterie, en paroles moqueuse »

Au Moyen-Age, du temps du roi Louis IX, le pont qui reliait l’île de la Cité à la rue Saint-Jacques, dit Petit Pont, était payant.
Certains corps de métiers en étaient cependant dispensés. Ces personnes, jongleurs, bateleurs, montreurs d’animaux ou forains devaient cependant s’acquitter d’un numéro de spectacle devant le “douanier” et notamment faire danser leurs singes.

  • Ronger son frein
    « Contenir avec peine une colère, une frustration »

Cette expression date du XIVe siècle. Le frein fait ici référence au sens ancien du mors. Cette petite pièce de métal placée dans la bouche du cheval qui servait d’entrave et que le cheval mâchait en attendant de pouvoir gambader. On disait alors qu’il rongeait son mors, puis son frein. L’expression s’est ensuite étendue au fait de réprimer le dépit, la colère ou la frustration imposée par certaines circonstances.

  • A cor et à cri
    « de manière bruyante et impérative »

Cette expression tire ses origines de la chasse. On sonnait alors le cor pour avertir les chasseurs et les chiens d’une situation, sans omettre de crier ou d’appeler les autres pour être sûr qu’ils avaient bien compris. L’expression a donc été reprise par le commun pour signaler une information capitale ou exprimer quelque chose avec tellement de zèle que tout le monde est au courant.

Toutes ces explications ne sont que par les « emprunts » que j’ai opérés sur 2 sites dont voici les références:

www.mon-expression.info
www.expressions-francaises.fr

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3 Réponses to “Bien mieux fichu que l’as de pique, il avait aussi le sel attique…”

  1. Le coq 16 janvier 2012 à 13:16 #

    Quelle verve poulette Carlotta ! Mais on attend avec impatience la suite de cette histoire à l’eau de rose…

    • Poulette Carlotta 16 janvier 2012 à 14:19 #

      Le Coq ou le compliment-tacle…;-)

Trackbacks/Pingbacks

  1. La Dame en blanc « Deux poulettes - 8 mars 2012

    […] choisi pour elle. Et si elle le trouvait ringard, ridicule, ennuyeux, et par esprit d’escalier, comme dirait la poulette Carlotta, nous considérait alors à l’image de l’ouvrage ? Mais a-t-on déjà vu une histoire d’amour […]

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