Bien mieux fichu que l’as de pique – chapitre 2

20 Mar

C’était notre premier week-end, pourtant il s’annonçait déjà comme le dernier.

Les voilà partis. Mettant de côté les reproches qui lui étaient venus en tête alors qu’elle l’attendait sur la place, et avec lesquels elle avait projeté l’assommer (au propre comme au figuré), elle tenta de faire bonne figure. Tous les deux, seuls enfin. Elle montait pour la première fois dans sa fameuse 204, dont il lui avait longuement parlé, voire rabâcher les oreilles. Une oeuvre d’art, disait-il, une voiture unique. A croire que cette voiture était une rivale de plus, un autre barrage à franchir pour arriver jusqu’à lui. Et c’est vrai, elle l’admettait, elle se sentait bien dans cette voiture. Les fauteuils marrons clairs en cuir patiné, largement affaissés après avoir supporté de nombreux poids, en étaient devenus souples, voire moelleux. L’espace entre le tableau de bord et le fauteuil était spacieux, laissant une large place aux jambes.

Ils roulaient déjà sur l’autoroute de Normandie, à tombeau ouvert. Tous les parisiens étaient partis, fuyant ce mois d’août trop chaud. Elle pouvait enfin respirer et se détendre presque. Les vitres grandes ouvertes, l’air déjà chaud pénétrait par goulées dans l’habitacle. C’était lui, Vincent, qui avait tout organisé de ce week end. Elle n’avait eu qu’à se libérer aux dates qu’il avait choisies. Elle avait d’ailleurs hésité. Devait-elle vraiment annuler tous ses projets prévus de longue date ? L’hésitation avait néanmoins davantage été d’ordre moral, sachant pertinemment que ses projets servaient aussi à combler ses absences à lui.
Alors qu’ils passaient le premier péage, et qu’il enclenchait une vitesse, le moteur de la 204 émis comme un râle rauque… Vincent rétrograda, mais le même son se fit entendre. Elle se tourna vers lui, tentant de déchiffrer sur son visage si elle devait s’inquiéter, était- ce normal ? Elle y lut tour à tour l’incompréhension et l’étonnement. Ce n’était pas bon signe.

Il ne manquait plus que cela… S’arrêtant sur l’espace dédié aux urgences, Vincent alla ouvrir le capot, pour vérifier le moteur. Elle s’alluma une cigarette, profitant de ce temps mort. Le verdict tomba, le moteur chauffait trop en raison de la chaleur, le refroidissement n’était pas opérationnel.
A partir de là, elle avait décroché de ses explications. De rage, d’énervement, d’impuissance. Cela devait être leur week end, le seul depuis 8 mois qu’ils se connaissaient. Il avait enfin réussi à se libérer de « sa » famille. Elle n’allait pas tout gâcher. Nul ne sait quand arriverait une prochaine occasion, il fallait en profiter.
Vincent lui parlait depuis un moment sans qu’elle comprenne vraiment ce qu’il lui disait. « garagistes … incompétents … 204 unique … en plein mois d’aout… ». Cela semblait se résumer au fait qu’ils se trouvaient dans la mouise ! Vincent ne laisserait pas sa voiture aux mains de n’importe quel garagiste, elle s’en doutait. Déjà une camionnette du service d’autoroute s’arrêtait pour venir aux nouvelles. Vincent alla au devant d’eux pour leur résumer la situation. Il était bien sûr impossible de rester là sur cet arrêt d’urgence, d’autant que Vincent n’avait pas de gilet de sécurité, cela jurait avec le style de sa voiture, disait-il ! La discussion allait bon train. Vincent toujours aussi disert semblait amadouer au fur et à mesure les équipiers de sécurité. C’était toujours comme cela avec lui, il réussissait toujours à amener ses interlocuteurs là où il voulait. Très frustrant pour les autres, mais parfois bien utile. Au final, il revint vers la voiture, pour annoncer une bonne nouvelle ! Une dépanneuse allait arriver pour les emmener dans le patelin voisin, du côté de Mantes-la-Jolie, parce que chance incroyable il y avait un garagiste spécialisé dans les voitures anciennes. « Si c’était pas de la chance, ça ! » ajouta -t-il.

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