Bien mieux fichu que l’as de pique – Chapitre 5

23 Mar
Précédemment :

Finalement Vincent et Maud décidèrent de dîner au restaurant du château. La carte des vins leur faisaient pétiller les yeux. Ils partageaient ce même plaisir. Un Chablis bien minéral avec des huitres et pourquoi pas un Chambolle-Musigny avec ce filet de sandre cuit à l’unilatéral…
Le dîner s’étira jusque tard dans la soirée… le vin les avait enivrés. Un moment suspendu de connivence où Maud oubliait le factice de la situation, ses attentes déçues, ses tolérances, ses renoncements, les hésitations de Vincent, ses mensonges, sa propre médiocrité à les accepter. Son regard cherchait par instant à pénétrer celui de Vincent, jusqu’à l’âme, jusqu’à l’os, jusqu’aux entrailles, jusqu’à la valve cardiaque, pour en déceler les accents de vérité, deviner ses arrières pensées. Vincent la croquait juste des yeux. Ce regard empli de désir la faisait immanquablement chavirer. A chaque fois qu’ils se voyaient, ils ressentaient la même intensité charnelle. Pourtant, elle savait que cela ne lui suffirait plus.
Il posa la main sur la sienne et lui dit « On y va ? ». Elle sourit.

La main de Maud chercha l’interrupteur, Vincent la saisit et plaqua doucement Maud contre la porte de la chambre dans une étreinte pressante. Ses mains glissèrent sous sa robe, progressant lentement, frémissantes, attendant son complet aval. Elle succomba.

Diane écoutait Martin, elle avait terminé son café, libérant ses mains dont elle ne savait maintenant que faire. Elle les emmêla. Tritura le pouce droit avec l’index et l’annuaire gauches. Martin n’en finissait pas de cette histoire avec son ex., aussi fébrile que Diane. Diane se disait qu’il aurait pu choisir meilleure entrée en matière que l’histoire de son dernier amour. Martin se disait exactement la même chose. Il lui proposa une seconde tasse de café, qu’elle accepta avec empressement. Le café coula autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la tasse. Tandis qu’il reposait la cafetière, il s’assit à côté d’elle, il ne savait plus où il en était de son récit et mille banalités se télescopaient dans sa tête. A l’évidence Diane l’intimidait.

Elle décida de prendre les choses en main. D’une voix douce elle balbutia:

– Tu sais, je ne sais pas ce que je fais là. Je me sentais terriblement seule, j’avais envie de compagnie, de te voir, de faire davantage connaissance. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de situation.
– Moi non plus, les déesses sonnent rarement à ma porte ou alors c’est une erreur.

Martin regretta aussitôt ce trait d’humour peu enlevé. Elle avait esquissé un sourire mi-poli, mi-amusé. Elle percevait son malaise, lui qui faisait mouche si souvent. Leur humour de timides les avait d’ailleurs rapprochés ces dernières semaines. Elle se détendit, son regard s’attendrit de sa gaucherie. Martin n’était pas vraiment son genre, physiquement. Enfin, disons qu’il n’avait pas la même prestance que Vincent. Martin semblait brouillon, les cheveux un peu en bataille, l’étiquette qui sortait du pull, l’appartement en désordre. Alors que rien ne dépassait chez Vincent, tiré à quatre épingles, aucune mèche rebelle, la cravate toujours raccord, les papiers bien rangés, les mots bien ordonnés et l’erreur toujours sanctionnée. Quel contraste. Martin lui offrait la possibilité de se reposer, de baisser la garde, le droit de se tromper… Il se taisait depuis plusieurs secondes, Diane aussi. Il l’observait, elle était perdue dans ses pensées, l’expression du visage semblait sereine. Il comprit alors son attendrissement à son égard, son indulgence, sa générosité. Elle le regarda à son tour. Le silence se fit soudain riche et nourricier. La pesanteur laissa place à une grâce, inattendue. Martin avança sa main vers la joue de Diane qui s’empourpra. Il replaça délicatement l’une de ses mèches derrière son oreille. Il ne savait pas comment s’y prendre mais il était sûr maintenant qu’elle l’aiderait, que ce n’était pas grave, au contraire. Ils commencèrent par se prendre dans les bras. Se rassurant mutuellement. Un enlacement intense, profond, puissant comme une reconnaissance émanant du fond des âges, ancestrale et animale, noble et pure.

Vincent rouvrit la lumière le premier. La chambre paraissait à Maud encore plus suggestive que lors de leur arrivée. Les murs verts tapissés de fleurs pourpres évoquaient un jardin anglais…un petit fauteuil et une banquette faisaient office de petit salon et la forme du lit semblait enserrer ses hôtes comme dans un écrin. L’endroit rêvé pour une nuit de noces. Il se glissa dans les draps, tout contre elle. Il lui sourit, décontracté, insouciant. Elle l’aurait voulu intense, épris, attentionné, romantique. Cette chambre l’y invitait pourtant, elle portait à d’autres élans, plus tendres, plus durables, disons-le, à une déclaration, mais Vincent lui proposait le même inattendu, celui d’un amant qui profite uniquement de l’instant. Il s’endormit sur son épaule, sur leur histoire. Il ne quitterait pas sa femme. Il était temps pour Maud. Temps d’avoir du courage, temps de ne plus en perdre, temps de se respecter. Car elle savait. Elle savait qu’il avait un autre enfant, un 3ème, en bas-âge : cette odeur de crème pour bébé, persistante, les lingettes, les erreurs et approximations dans ses conversations et puis cette tétine, ce matin, dans la boîte à gants, coincée entre la carte routière et les papiers de la voiture. Elle confirmait ses soupçons. Elle eut un pincement au coeur mais se tût, c’était son premier week-end avec lui, elle voulait voir.
Il devait être 6 heures du matin, Maud était prête.
Elle prit les clefs sur la console. Elle sortit de la chambre, elle sortit de l’hôtel. L’aurore l’accompagnait. Elle démarra. La grille du bout de l’allée s’ouvrit. Cheveux au vent,  direction : opposée.

 

Diane se réveilla, il était presque midi. Des raies de lumière traversaient les volets ajourés. Le temps était magnifique. Martin dormait encore. Ils avaient passé une soirée inoubliable, dansant doucement sur de vaporeux airs de jazz, buvant quelques verres de Chardonnay. Le canapé avait accueilli leurs rires et leurs baisers adolescents. Puis ils s’étaient couchés. Ils n’avaient pas fait l’amour. Diane avait toujours eu besoin d’un peu de temps, cette peur qui précédait les nouvelles unions l’empêchait de se laisser aller, une douce peur néanmoins, qu’elle prenait plaisir aussi à savourer. Ça n’avait pas déplu à Martin d’ailleurs, il avait juste été surpris. Il était midi ce dimanche là et Diane savait désormais ce qu’elle voulait faire de sa vie. Elle entendit la sonnerie de son portable.

Un texto de Vincent:

– « J’ai pu me faire remplacer pour cet après-midi, nous pourrions aller au parc ? Sinon mauvaise nouvelle, la voiture est au garage, moteur en surchauffe. »

Diane :

– « Désolée, j’ai prévu autre chose.

Mauvaise nouvelle aussi, je demande le divorce ».

Publicités

2 Réponses to “Bien mieux fichu que l’as de pique – Chapitre 5”

  1. Le coq 23 mars 2012 à 08:20 #

    Très bien illustrée cette fin d’histoire !!!

Trackbacks/Pingbacks

  1. Infidélités « Deux poulettes - 2 avril 2012

    […] ce titre, vous vous attendez à un billet pleins d’infos people, à la suite des aventures de Vincent et Maud, voire à des révélations croustillantes sur ma vie sentimentale (si vous saviez…). Et bien non […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :