Dans les poubelles jaunes

30 Juil
J’habite un immeuble de riches. J’ai eu la chance, il y a deux ans, alors que ma belle et moi recherchions un appartement à louer, de tomber sur un joli deux pièces cuisine en face d’un parc dans un immeuble récent au sein d’un ensemble historique. Et le tout au prix du marché (c’est-à-dire hors de prix). C’est d’ailleurs ce qui est amusant dans l’immobilier parisien. Seuls comptent les mètres carrés et, un peu, la localisation. Mais, dans le même quartier, entre un appartement de 50 m2 dans un immeuble affreux, mal isolé et mal entretenu et un 50 m2 dans un bel immeuble soigné, les prix sont très proches. Je m’égare, je ne voulais ni vous faire la visite guidée de mon “château”, ni digresser sur l’immobilier parisien, immarcescible sujet de discussion lors des dîners en ville (c’était un défi de ma part : je voulais placer “immarcescible” dans un billet).
Non l’objet de ce billet c’est bien les poubelles de mon immeuble, et plus précisément les poubelles jaunes. Le local poubelles de mon immeuble de riches pratique en effet le tri sélectif. Il est peu intéressant d’aller regarder dans le container à verres (à moins peut-être pour faire des confitures ?) ou dans les poubelles destinées aux déchets ménagers. En revanche, les poubelles jaunes (papiers, petit électroménager) débordent de trésors. Ces derniers mois, j’ai ainsi récupéré dans les poubelles magiques :

  • Un pèse-personne en parfait état de marche, qui me permet chaque jour de pester sur les kilos en trop que j’ai pris depuis un an. Remarquez, j’ai l’impression que j’ai pris des kilos précisément depuis que j’ai trouvé cette balance. Il faudrait que je vérifie quand même sa fiabilité.
  • De nombreux journaux : Le Point assez souvent (confirmation que j’habite un immeuble non seulement de riches mais aussi de droite) ou Le Monde, L’Equipe, Elle
  • Les bulletins scolaires de terminale de ma voisine du dessus qui prépare actuellement polytechnique. Des bulletins du Lycée Henri IV, excusez du peu, avec une moyenne générale vers les 18, je suis sûr que ça peut se revendre sur Le Bon Coin.
  • Un magnifique plumeau rose.


Et la semaine dernière, une pile de livres. En regardant de plus près, je m’aperçois qu’il ne s’agit que d’éditions hors commerce. J’en sélectionne quelques-uns et, en remontant chez moi, une rapide recherche sur Internet me fait comprendre qu’il s’agit d’ouvrages qui sortiront pour la rentrée littéraire. Sans doute un journaliste qui s’est allégé d’un des nombreux envois des services de presse des éditeurs qui cherchent à recueillir des critiques pour leurs nouveautés. Découverte impromptue qui s’avère une bonne pioche puisque j’ai dévoré l’un des romans trouvés dans mes chères poubelles jaunes : Les Patriarches, d’Anne Berest.

L’histoire de Denise, une jeune fille de 22 ans sans amoureux, sans ami, sans véritable vie. Sa mère est la fille d’un célèbre peintre, son père, décédé, fut un acteur mythique des années quatre-vingt, progressivement détruit par les drogues. Denise voudrait éclaircir certains aspects de la vie de son père et notamment l’année 1985 où il disparut pendant de longs mois, sans explications. Elle rencontre un expert d’art qui a connu son père à cette période. Elle le questionne mais cet homme lui raconte d’abord sa propre vie rocambolesque, éclipsant le sujet de la rencontre avec son père, jusqu’à dévoiler le secret, après des rebondissements plutôt glauques puis dramatiques. C’est l’histoire de cette quête d’un morceau de la vie de son père mais c’est aussi le récit d’une rencontre entre générations, de la confrontation entre les souvenirs d’hommes et de femmes qui vivaient, il y a trente ans, dans l’intensité de l’instant, avec les excès et dérives que cela comporte, et la vie si terne, en comparaison, de Denise. Ce n’est pas très joyeux mais c’est un beau livre sur les souvenirs perdus et la difficulté parfois de vivre notre époque (l’auteur a 33 ans). Et sans dévoiler totalement le « secret », c’est enfin un livre passionnant, dans sa dernière partie, sur l’expérience communautaire et sectaire. Sortie en librairie le 22 août. Merci les poubelles jaunes.

Quant à moi, je dois faire ma valise. Les vacances approchent !

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3 Réponses to “Dans les poubelles jaunes”

  1. Poulette Carlotta 30 juillet 2012 à 10:03 #

    Quel pitch! J’ai très envie de le lire…

  2. La poulette bleue 30 juillet 2012 à 11:54 #

    Incroyable ce que tu réussis à trouver dans tes poubelles ! Cela me tente, je vais aussi aller regarder dans les poubelles jaunes de mon immeuble. Malheureusement je ne crois pas faire des découvertes mirobolantes !
    Je ne connaissais pas immarcescible !

Trackbacks/Pingbacks

  1. Les redifs de l’été. Episode 2/3 « Deux poulettes - 13 août 2012

    […] que l’As de pique…Notre cadavre exquis! Nous n’avons peut-être pas le talent d’Anne Berest …mais on s’est bien amusé et le résultat n’est pas si mal je […]

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