Drôle d’histoire : welcome back to the city…of Paris.

5 Sep

Les wagons métalliques sillonnaient les terres des villes reliées entre elles par des lacets infinis de rails. Les trains repus dodelinaient et crissaient sur les chemins de fer. Ils se croisaient, se frôlaient, longeaient les appartements gris des hommes, s’attardaient sans raison, puis reprenaient leur route, parfois longtemps après, puis s’arrêtaient là où ils étaient attendus. Des grappes d’hommes et de femmes excédés en sortaient alors et d’autres, impatients, entraient à leur tour.

Un esprit malicieux avait frappé leur regard. L’esprit gris de la ville avait absorbé toute la lumière de leur iris vert, bleu et brun et toute la joie de leur cœur, même lorsque le train traversait l’eau de la Seine miroitante et irisée, qui continuait chaque jour, elle aussi, de parcourir la ville, modelant imperceptiblement ses rives de pierre de son inépuisable caresse comme l’artisan façonnerait son ouvrage jusqu’à la perfection sans jamais pouvoir le quitter. Le vide emplissait les espaces entre les hommes et les femmes du train, assis pour les plus chanceux, et les autres, entassés sous les coups de l’heure de pointe sans fin, comme les bêtes que l’on mènerait vers leur dernier voyage sauf qu’ici on ne meurt pas à la fin. Des hommes et des femmes se perdaient chaque jour dans ce trajet aller-retour, repoussant sans cesse l’insensé, jusqu’à parfois n’en plus pouvoir et alors le train s’attardait à nouveau, sans raison, sur leur passage.

De temps en temps, la musique entrait dans la rame. Elle craquelait la peau devenue dure du cœur des hommes ou, funeste, finissait d’éteindre le battement de leur coeur. Lorsque le musicien se frayait un chemin pour recueillir quelques pièces, il rencontrait les visages impassibles et les regards de fer qui souvent se détournaient, quand d’autres, parfois, le reconnaissaient parmi les hommes. Ils redressaient alors la tête de leurs papiers et de leur écran de lumière et lui donnaient le vert, le bleu ou le brun de leur regard, un sourire ou une pièce dorée en échange de sa parcelle d’humanité déchue, déchue du monde des hommes au regard couleur de vide. Quand la musique n’avait pas suffit à réchauffer les âmes glacées, le musicien leur adressait des noms d’oiseaux, mais dans sa tête, sans mot dire, en les remerciant même, car demain il recommencerait son ouvrage. Ceux qui lui avaient donné la lumière de leur regard pouvaient entendre les oreilles des visages gris impassibles siffler et bourdonner à l’unisson.

Publicités

4 Réponses to “Drôle d’histoire : welcome back to the city…of Paris.”

  1. Le coq 5 septembre 2012 à 13:05 #

    Un peu sombre tout cela. Tu devrais repartir en vacances. Mais c’est un très joli texte je trouve. Merci !

    • Poulette Carlotta 5 septembre 2012 à 13:46 #

      Merci M’sieur…! Me voilà rassurée. Pas évident. Oui, un peu sombre mais sincèrement c’est une réalité, que je pense assez parisienne. Et en même temps ce matin, une femme d’une cinquantaine d’années a fait la manche dans la rame de métro, avec un discours simple, indiquant qu’elle avait besoin d’aide. On voyait bien, en plus, qu’elle n’en avait pas l’habitude, recueillant les pièces dans un mauvais timing par rapport à l’arrêt en station du métro. On a quasiment tous (enfin toutes) donné quelque chose. Et elle sincèrement heureuse de cet élan. C’était beau. Réjouissant.

  2. La poulette bleue 5 septembre 2012 à 16:17 #

    Très beau texte! Dur, dur le retour ? Et ce n’est rien comparé au RER je crois… qui est encore plus abrutissant et annihilant. On pourrait faire un classement des lignes de métro selon différents critères: le monde bien sur, mais aussi la politesse des usagers (oui, oui, ce n’est pas pareil selon les lignes), l’état des rames, les stations traversées (la aussi c’est très inégal)…

    • Poulette Carlotta 5 septembre 2012 à 17:53 #

      Merci aussi mamselle ! Je pense fort à la Bretagne et à l’Ardèche en effet…Oui, c’était un peu un mixte des deux et c’est assurément pire sur les lignes RER…pour le métro, heureusement, de nouveaux trains apparaissent, plus « gais » et moins bruyants me semble t-il…mais à quand la clim…!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :