5, 4, 3, 2, 1, 0…

27 Sep

Hier soir, la photo  d’un enfant d’une dizaine d’années vêtu d’un pullover rouge jonchait le sol d’un compartiment du métro, ligne 9.

Quelques heures auparavant, non loin du périphérique, une femme fouillait une poubelle accompagnée de ses deux chiens dont l’un, déconcerté, se laissait promener dans une poussette d’enfant.

Depuis plus de trois mois, j’entends la musique mélancolique de ce Chinois du métro qui ne semble jamais autorisé à s’arrêter. Maintenant, ils l’ont déguisé avec une tenue traditionnelle de couleur rouge pour attirer davantage le chaland.

Il y a 6 mois, j’ai reconnu le Mal et comprenais mon passé.

Il y a un an et demi, j’achetais  mon refuge de haute-montagne,  au 9ème et dernier étage.

Depuis, chaque soir, je regarde le coucher du soleil et la Tour Eiffel clignoter, au loin, sans me lasser.

Il y a 8 ans, je vivais enfin mon adolescence, sortais, dansais et buvais des Mojitos parfaits au Cuba Compagnie.

Il y a 9 ans, je le quittais.

4 ans auparavant, je rencontrais ma meilleure amie et achetais un poisson rouge, un peu bouffi, mais attachant, que j’appelais Raymond.

1 an avant, je quittais Lille et débarquais à Paris avec celui que je quitterai et mon chat adoré qui adora Raymond.

Il y a 20 ans, j’écoutais, muette, mes profs d’Histoire qui me racontaient les vies d’avant.

2 ans auparavant, je n’ai pas pu comprendre pourquoi ma sœur pleurait.

En terminale, je me suis aussi amusée et j’ai même ri aux éclats.

A chaque vacances, je retrouvais mes grands-parents.

Je les guette aujourd’hui dans mes rêves.

En 1985, mon grand-père aux cheveux de soie, gris, aux yeux bleus, et sensible, s’abonnait pour ma plus grande joie à la première chaîne dédiée au cinéma.

Je me berçais d’images, d’histoires, de sons, d’ailleurs.

A 8 ans, j’ai vu l’envers du décor sans rien y comprendre.

A 7 ans, et tous les matins depuis le premier, ma grand-mère me coiffait les cheveux, me donnait la main et un franc les jours de piscine pour acheter des bonbons, me laissait la regarder faire mon gâteau préféré, à la crème de café, et lécher la cuillère.

A 6 ans, et au grand dam de ma grand-mère, je décidais d’être fermière pour caresser plus souvent les petits canards que je voyais les jours de  marché.

A 5 ans, je découvrais que je n’étais plus la préférée de ma maîtresse d’école quand il fallu choisir qui porterait le gâteau d’anniversaire.

A 4 ans, j’étais prise en photo dans la cour de récré avec ma petite robe en vichy vert trop courte et mon chapeau en tissu rouge à pois blancs, un gros hamster dans les bras.

A 3 ans, j’étais spontanée et mes boucles étaient blondes.

Le 5 mai 1971, je naissais.

 

A vous…?

 

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10 Réponses to “5, 4, 3, 2, 1, 0…”

  1. inthesky 1 octobre 2012 à 15:45 #

    j’avais la gorde serrée en lisant.. alors j’ai essayé aussi
    Hier, j’ai vu un coucher de soleil sur la campagne, j’ai fermé les yeux pour en profiter.
    2 heures avant, j’ai partagé des cookies avec mes amis.
    Depuis toujours, le dimanche, je fais un gâteau, quel que soit le gâteau, il préviendra toujours le blues du dimanche soir.
    Il y a deux ans, même sous la neige, j’y allais, parler, parler, jusqu’à n’avoir plus rien à dire, juste à inventer : je réalisais que je n’étais pas mure.
    Elle me protégeait, veillait sur moi, pour le pire et le meilleur, et montrait les crocs à qui s’approchait trop près : finalement, elle se laissait charmer aussi.
    Un peu avant, alors que je jouais la fille indépendante, on a dansé, je suis montée dans un taxi, il a roulé 10 000 kms. J’ai fait N’importe Quoi mais je n’ai jamais regretté…
    Un an avant, à moi Paris, mes chères collocs, mon chat que j’avais attendu 20 ans.
    Dans une autre ville, je découvrais le groupe où tous me ressemblaient, la liberté, où je me perdais.
    L’année de mon bac, ma grande sœur devint toute petite, rentra à la maison et je n’ai pas su la soigner.
    Pendant 3 ans, ma vie rêvée au lycée, du petit matin jusqu’au crépuscule, mieux qu’à la maison : je l’ai choisi.
    Un peu avant, je découvre que mon père est faillible, fini l’Œdipe. Je suis soulagée. Je suis donc tombée dans les pommes en cours d’éducation sexuelle, ç a a soulevé beaucoup de questions : pour moi c’était clair.
    Les cuites, les clopes, les mensonges…
    Je l’ai embrassé au Jardin des Plantes. J’avais pris soin de retirer les élastiques de mon appareil dentaire : prévoyante, toujours.
    En 6ème, j’étais toute seule.
    J’ai chaussé pour la première fois des skis, faits maison, sur la butte du jardin.
    Quelques années plus tôt, le Vépoluce Circus donnait son premier spectacle acrobatique, moi la vedette, moulée dans une robe de poupée.
    A la place de ma sœur, j’ai rougi, et la claque s’est abattue sur moi, j’avais 4 ans.
    Je suis brune et même si je leur ressemble, c’est bizarre.
    Je suis née le 26 octobre 1985.

    • Poulette Carlotta 1 octobre 2012 à 17:26 #

      Cet article m’amène d’agréables retours et ici par le biais de ton joli « commentaire »…
      Merci de t’être livré au jeu…
      C’est émotionnant d’entrevoir ainsi les histoires de vie de chacun, si différentes, mais peut-être pas tant que ça…pour qui est sensible.
      Bien à toi.

  2. Laurence 2 octobre 2012 à 17:06 #

    Même si je suis incapable (dans tous les sens du terme) de me livrer à ce jeu, moi aussi, j’ai été toute retournée en te lisant…. Cela fait plusieurs jours que je me demande comment le dire. Voilà, c’est fait !

  3. La poulette bleue 2 octobre 2012 à 17:38 #

    A l’instant, je termine d’écrire ce billet. J’en ai la gorge nouée.
    Il y a quelques heures, je lisais le billet de la poulette Carlotta, et me disais que je n’y arriverai pas.
    Il y a une semaine, les montagnes russes reprennent leur ballet. Il est temps de faire le ménage.
    Il y a 9 mois j’ai fêté mes 40 ans et cela m’a fait plaisir. J’ai une idée de qui je suis.
    Il y a 2 ans, il est temps pour moi de revenir sur ce passé, pour mieux comprendre le présent. Renaissance. Je respire. Je suis vivante.
    Il y a 8 ans, au secours je veux sortir de cette prison ! Je ne suis pas qu’une mère !
    Il y a 10 ans la vie naissait en moi, enfin ! Deux ans après une vie s’éteint, une autre vient.
    Il y a 25 ans, ca y est je me sens presque grande, prête à me confronter à la vraie vie. Un travail et un homme. Il sait m’emmener là où je n’irai pas.
    A 17 ans je pars sans un regard m’étourdir dans la nuit. A 20 je reviens au domicile familial. Je souffle.
    De doute en égarements, de mal être en questionnement, les garçons sont différents. Mais je fonce…
    A 12 ans, choc culturel et ouverture au monde. Tout le monde ne vit donc pas comme moi ?
    A 6 ans, mes yeux voient enfin, est ce que je découvre alors le monde ? En tous cas, de là datent mes premiers souvenirs. Reste gravé dans ma mémoire, l’odeur du chocolat chaud avec celui de l’hopital.
    Je suis née le 5 janvier 1972.

    • Poulette Carlotta 2 octobre 2012 à 19:02 #

      Moi-même, je suis émue en vous lisant…
      Je trouve cela très réussi et réjouissant, dans le sens où cet exercice (techniquement porteur de poésie et pas si difficile –et totalement inventé) parvient à donner les notes et coul(h)eur(t)s essentielles de la vie d’une personne. Se livrer, facilement finalement, mais pas tout à fait, et justement …Les silences, en filigranes, font partie des plus belles lignes…
      Allez, prenez un peu de temps, écrivez, remaniez, relisez et postez… Vous que l’on connait, et tous les autres…on a envie de vous lire.

  4. La poulette M 3 octobre 2012 à 15:22 #

    Vos confidences m’ont retournée également. Se livrer même à demi-mot n’est pas chose facile, mais devant vos essais réussis je me lance !

    Hier soir, avec mes sacs de courses alimentaires et sous la pluie et le vent : « Mademoiselle, vous avez un charmant sourire, gardez-le !». Dois-je avoir peur ou me réjouir ?!
    Depuis plusieurs semaines, 10 kg de sourires et de câlins dans les bras. Mais le dos qui en prend un coup !
    Il y a 3 mois et depuis quelques années, des anniversaires de plus en plus fêtés et festifs entre amis, l’opportunité de se revoir et de faire la fête ! Qu’importe le temps qui passe !!!!
    Depuis 1 an et demi le silence puis il y a 6 mois, un mail. Le tumulte intérieur recommence…
    Il y a 8 mois : aéroports, trains et bus de nuit, scooters et talons aiguille, sacs et bagages « sur le dos », pho et mangues à volonté, 24h/24H ensemble, et tout, et tout… et puis Paris « vous me manquez ! ». Next time ?
    Depuis 2 ans, j’ai appris à vivre avec « des mains et des doigts de fée » masculins et féminins et je m’y fais plutôt bien !
    Un an auparavant : Aie, aie… Mon dos ! Les nuits sans sommeil…
    Trop tôt des échanges formels inaboutis et sans réponses… Perplexe. A réitérer ? Peut-être ?!
    L’année de mes 37 ans, des aurevoirs précipités et prématurés… Le robinet est irrémédiablement ouvert et pour toujours : les flots de larmes qui n’en finissent plus… A quoi se raccrocher ?! Quel sens à la vie ?
    35 ans : le printemps, les vacances, le soleil, un bistrot et un verre… et la farandole des mails, sms, RDV… qui commencent. Doit-on s’épargner pour se protéger ou vivre en souffrant ?
    Il y a 6 ans, de la nouveauté, de l’effort, des bleus et des bobos mais également une bande de vrais potes, des mojitos… et le Zouk ! Ah, le Zouk avec Steve… Une tuerie !
    Il y a 12 ans : la douceur angevine ! Le Saumur Champigny, le Cabernet d’Anjou, le Côteau du Layon, le Côteau de l’Aubance, etc.
    A 23 ans, « Du willst bei mir schlaffen ? » et non « Du willst mit mir schlaffen ? »
    Je passe à côté de la vie : trop raisonnable oder… ?
    A 6 ans, Guillaume me « sauve de la noyade », toute proportion gardée, à la piscine. Il est mon héros blondinet avec ses grands yeux bleus ! Mon premier amoureux. Mais où est-il passé ?
    L’école primaire : les allées de marronniers, les saules pleureurs, le salon de coiffure, la meringue, la neige, la musique du marchand de glace, la camionnette de pain…
    Je suis née le 3 août 1973.

  5. Le coq 3 octobre 2012 à 22:36 #

    Un immense bravo et un grand merci pour ces mots touchants, sincères, poétiques. Comme la poulette Bleue, en lisant le billet de poulette Carlotta je pensais ne pas y arriver et puis vous m’avez donné envie de jouer le jeu.

    Il y a trois jours, je marchais sur les rives de la Vlatva, goûtant les lumières et la bière, l’accompagnant sur les bords de son passé.
    Il y a une semaine, je m’évanouissais, comme une absence, un abandon, un refus d’aller plus loin.
    Il y a trois semaines, je pleurais de tout mon saoul pour la première fois depuis longtemps. Une racine qui disparaissait et révélait l’absence, béante.
    Il y a huit mois, une naissance, la joie d’une grand-mère et la vie qui continue toujours, malgré tout, en dépit de tout. Des sourires.
    Il y a un an, je terminais d’écrire et j’envoyais dans la nature des mots trop lourds à garder pour moi. J’arrêtais de voir la personne à qui je disais chaque semaine que je n’avais rien à lui dire.
    Il y a deux ans, j’arrivais au château, écrin de calme et de beauté, un lieu où vivre en paix.
    Il y a trois ans, l’accident, le gouffre. Rien ne sera plus comme avant.
    Il y a quatre ans, je quittais avec beaucoup de nostalgie les cailles mais j’allais bientôt trouver les poulettes.
    Il y a neuf ans je la rencontrais et ma vie devenait douce et intense, entière.
    Avant, les amis, les rencontres, les villes. Les journaux intimes où l’on s’étale. Et puis aussi les livres, les films, l’art, la certitude que la vie se trouve là.
    Il y a quinze ans, je m’habille comme un sac, intéressé uniquement par la poésie, la politique, la littérature.
    Il y a dix-sept ans, je quittais le nid sans doutes ni regrets, sans regarder derrière moi.
    Il y a vingt ans, je suis muet, renfermé, mutique.
    Il y a vingt-trois ans, un bain de minuit dans l’océan indien. Le Noël parfait.
    Il y a vingt-cinq ans, j’arrive à la ville. Je ne vis plus avec la “jumelle” qui m’accompagnait depuis toujours. J’ai huit ans. Dans la cour de récréation, j’entends des insultes inconnues dans mon village. Je sors de l’enfance.
    Avant, la ferme, mon chien Eole, les jeux dans la cour. Une nuit où l’on nous apprend la naissance d’un frère. La classe unique. Le petit pont sur la rivière pour aller à l’école.
    Je suis né le 15 février 1978.

  6. Poulette Carlotta 4 octobre 2012 à 12:33 #

    Oui, merci…
    Et que c’est beau.

  7. La poulette rose 6 octobre 2012 à 00:07 #

    Ce matin, dans la rue, un blondinet qui courait avec son cartable trop grand sur le dos, tête en l’air…
    Ce matin, sur le quai du métro, deux bambins qui regardaient le train miniature géant passé, yeux rêveurs…
    Ce matin, dans le tram, une brunette qui essuyait avec application ses deux mains sur la barre avant de les mettre dans la bouche, même pas peur…
    Il y a 7 ans je disais oui.
    18 ans, le premier départ. 25 ans, le dernier départ.
    Une nouvelle ville tous les trois ans. Les voyages forment la jeunesse.
    Un, puis l’une, puis l’’autre… ils sont éternels…
    Depuis presque trois ans, le cordon rompu, le silence vital.
    A 21 ans, premier appart.
    Un torrent de larmes à l’intérieur, un sourire de mer d’huile.
    Il y a deux ans, je me jetais dans les mots. Fulgurances et exigence.
    A 9 ans, premières lunettes rose bonbon. A 11 ans, premier soutif rose layette.
    Le bac c’était hier, non ?
    A 20 ans, tu es fraiche comme la rosée du matin. A 35 ans, tu es fraiche comme la bouteille de rosé de la veille. (citation de la célèbre poétesse F. Foresti)
    Tous les étés, cachée dans ma tour, à soupirer et à crapoter…
    A 10 ans, l’attraction de la cour d’école, le choc des accents.
    Il y a des mois que j’attends, mais quoi ?
    Une boule rose, aux cheveux noirs…

    Je suis née le 1er octobre 1975

    • La poulette bleue 7 octobre 2012 à 12:45 #

      Merci ma poulette! Nous t’espérions, sans trop y croire ….

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