Une journée idéale

6 Fév

soleilHier matin, je me suis levé vers neuf heures, les idées neuves et le corps reposé. Le soleil perçait par les fenêtres de la cuisine. J’ai ouvert ; l’air était doux, printanier. J’ai enfilé un vieux jean confortable, une chemise et une simple veste. Dehors, le chantier de la crèche en construction était en pause. Les oiseaux avaient repris leurs droits. J’ai dévalisé le marchand de journaux (L’Équipe, Le Parisien, Libération, Le Monde, un magazine de cuisine — Régal ou Elle à table, Le Nouvel Observateur, XXI) et me suis installé à la terrasse d’un bistrot place Saint-Médard. J’ai commandé un café allongé, des tartines et des œufs brouillés, puis me suis délecté de ces lectures, en jetant de temps à autre un regard à la fontaine (et aussi dois-je l’avouer aux étudiantes qui se dirigeaient vers la faculté de Censier). Cela fait partie des mes plaisirs préférés. Juste m’attabler à une terrasse de café avec une pile de journaux que j’avale avec boulimie. Je me sens appartenir au monde, je compare les traitements, m’indigne ou me réjouis d’une nouvelle. Je regarde les notes des joueurs attribués par L’Équipe lors du match de la veille, m’amuse des microtrottoirs sans intérêt du Parisien, lis avec délectation le portrait de Libé, me passionne pour les pages politiques du Monde. Après une bonne heure de lecture (je lis vite, en diagonale et en choisissant avec soin mes rubriques), je suis parti en balade : Le Panthéon, Maubert, les quais de Seine puis retour par le Jardin des Plantes. J’ai retrouvé ensuite ma belle pour un déjeuner chez mon ami Armand, au Léo Dupont, qui m’avait réservé une jolie table sous la verrière. Nous avons picoré des entrées : huîtres, magnifiques ravioles aux queues d’écrevisse, Saint Marcellin aux tomates confites, salade de légumes croquants… puis des desserts. J’ai quitté le restaurant, et ma douce, juste à temps pour la séance de quinze heures à L’Escurial, le cinéma indépendant au charme si désuet du boulevard Arago. Nous étions cinq dans la salle. Peu importe le film, quel plaisir d’avoir l’écran pour soi, d’être isolé de ses voisins et de plonger ainsi dans l’histoire. En sortant, je n’ai pas oublié d’aller prendre quelques bouteilles chez le caviste qui jouxte le cinéma, puis les légumes de mon Amap. Après un détour chez ce splendide boucher du boulevard Saint-Marcel (au 83, Boucherie Limousine), je me suis dépêché de retrouver ma cuisine. J’avais invité quelques vieux amis à dîner. Les plats étaient simples, les rires nombreux, les débats enflammés. Le tourne-disque jouait de la folk américaine, du reggae et de la vieille chanson française. La nuit était tombée depuis longtemps, les digestifs étaient de sortie. Les amis partis, je me sentais encore d’attaque pour commencer l’un des bons romans qui m’attendaient sur ma table de chevet. Je ne travaillais pas le lendemain, la vie était facile.

(…)

pluieRetour sur terre. Cette journée idéale n’a pas existé. Hier matin, je me suis levé trop tôt, fourbu et déprimé. Il faisait froid et il a plu dès que j’ai mis le nez dehors (comme d’habitude je n’avais pas de parapluie). J’ai été compressé dans le métro. Je suis arrivé au travail transi, démotivé et j’avais oublié qu’un dossier urgent m’attendait. J’ai déjeuné à la brasserie d’à côté d’un plat Métro dans une salle glaciale et bruyante. Des réunions ennuyeuses se sont enchaînées tout l’après-midi. Il y avait encore des topinambours dans mon panier de l’Amap et des problèmes à régler. Je ne suis rentré qu’à vingt heures à la maison et il n’y avait rien à manger (sauf des topinambours…). J’ai regardé un téléfilm débile et les chaînes infos. J’ai commencé un livre sans aucun intérêt…

Publicités

3 Réponses to “Une journée idéale”

  1. Poulette Carlotta 6 février 2013 à 11:49 #

    Ouf….! Car tout ce bonheur était insupportable…:-)

  2. La poulette rose 6 février 2013 à 12:22 #

    Merci pour cette douce balade printanière ! Tu as ensoleillé ma matinée. 🙂

  3. La poulette bleue 6 février 2013 à 12:53 #

    Exactement, pareil que la poulette Carlotta ! Trop c’est trop ! Je bouillais en lisant ton billet, préparant une répartie cinglante ! Ouf …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :