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Crise partout, justice nulle part

13 Nov

vivelacriseUn peu partout dans la presse, à la télévision, dans les discussions de café, entre collègues, avec mes amis, la sinistrose est généralisée. CRISE, montée du chômage, augmentation des impôts, licenciements, plans sociaux… Tout va mal. L’extrême droite gagne des élections (et une ministre subit des injures racistes), le peuple s’énerve, le gouvernement bat des records d’impopularité ah et puis le niveau baisse, la pollution augmente, trop cher immobilier ah… le terrorisme, peur, angoisse, arrrgh. la CRISE de la presse. La CRISE de l’agroalimentaire. La CRISE de la démocratie. CRISE partout, justice nulle part pour parodier le slogan de mai 68 (la CRISE de mai 68 ?). Non mais franchement on ne peut pas arrêter cinq minutes de se lamenter. Je comprends qu’un ouvrier qui vient de perdre son boulot ou qu’un jeune qui n’en trouve pas puissent s’énerver et que leur colère éclate. Mais il est tout à fait désarmant de constater que mon entourage, alors qu’il est constitué essentiellement de personnes peu touchées par cette “CRISE” (des cadres en CDI, des diplômés de troisième cycle, des propriétaires, des personnes qui partent en vacances… presque des nantis au regard de ce qu’on lit dans les journaux) soit lui aussi atteint par cette sinistrose (bah oui vous connaissez pas la CRISE des cadres, la CRISE des diplômes…) Si même les personnes objectivement privilégiées par rapport aux ouvriers de Fagor ou aux habitants des quartiers nord de Marseille déclarent leur déprime, leur désarroi et le sentiment que tout va mal, on est effectivement dans une sacrée mouise.

Il faut lutter contre ce sentiment, faire des thérapies de bonne nouvelle, lire des ouvrages réjouissants, avoir la foi (en ce que vous voulez), se dire qu’on vit une époque formidable. Et puis regarder des films décalés qui renversent la vapeur, qui font de la CRISE un sujet joyeux et pimpant, comme dans La fille du 14 juillet que j’ai vu récemment. Un ovni cinématographique à partir d’une idée délirante. On est début août : alors qu’un groupe d’amis vient tout juste de partir en vacances, le gouvernement annonce qu’en raison de la CRISE, la rentrée est avancée d’un mois… C’est un film absurde, étonnant et joyeux.


Je n’irais pas jusqu’à crier Vive la CRISE, n’ayant pas spécialement envie de rendre hommage à Bernard Tapie (en 1984, il co-anima une émission de télé appelée Vive la CRISE), mais du moins halte au mot CRISE. Je sais que cela peut paraître choquant quand des millions de Français souffrent du chômage ou de la précarité. Mais j’en peux plus de ce mot CRISE, CRISE, CRISE. Déclarons un moratoire. On organise bien des journées complètement débiles (du genre “j’aime ma boîte”), pourquoi pas une journée mondiale sans CRISE.

On pourrait en profiter pour parler d’autre chose. On pourrait détailler les initiatives qui existent partout en France pour vivre dans un monde plus juste, plus solidaire, plus écologique (l’écoconstruction, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, les universités populaires…). On pourrait faire la promotion des journaux qui se spécialisent dans les bonnes nouvelles ou les alternatives comme Socialter ou Terra Eco. On pourrait parler pourquoi pas de poésie ou de chanson. Ou même en profiter pour écrire un poème ? Ou lire le dernier Astérix.

Remarquez, il existe déjà la journée internationale des câlins – hug day (le 21 janvier), la journée mondiale du bonheur (20 mars), la journée mondiale du rire (5 mai), la journée internationale de l’amitié (30 juillet) et même la journée mondiale de l’orgasme (21 décembre) !!!

On arrivera bien à caler une journée sans crise au milieu de tout ça. Allez un petit effort et à vos agendas !

En colère

2 Oct

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© Poulette rose.

Cela fait de longs mois maintenant que les Deux poulettes & co sont muettes. Nous sommes partis pour de longues vacances (sur des continents au bout du monde… ou à Camaret), nous avons bullé des heures durant aux terrasses des cafés, dans les parcs, à la plage… ou sur notre canapé. Devant le plaisir procuré par une telle oisiveté, nous avons même songé – un court instant – à arrêter de publier ici des chroniques culturelles, sentimentales, politiques… ou futiles. Mais nous nous sommes repris en main. Face aux centaines de mails que nous avons reçus de vous, fidèles lecteurs, en colère d’être privés depuis si longtemps de Deux poulettes, nous reprenons d’arrache-pied notre sacerdoce et vous retrouverez ici, deux à trois par mois (histoire de garder un peu de temps pour l’oisiveté), des billets toujours aussi savoureux, drôles, brillants… ou pas. Et pour ne rien manquer de nos billets, il faut vous abonner, c’est à votre droite après Keep in touch !

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© Wikimédia / Per Palmkvist Knudsen

En ce qui me concerne, j’ai passé ces quelques mois d’absence ici à ruminer. En l’absence d’exutoire sur la grande toile, j’ai intériorisé, j’ai gardé pour moi des sujets d’importance capitale dont il faut impérativement que je vous parle. Moi aussi, je suis en colère, et j’ai besoin de me défouler. Tant de sujets me révoltent. Prenez par exemple le sandwich à la mayonnaise. N’est-il pas inconcevable que la plupart des boulangeries proposent systématiquement de la mayonnaise dans les sandwichs crudités ou poulet ? C’est tout à fait anormal, cruel, dégueulasse.

Dans un autre registre, je suis farouchement opposé à l’esthétique du meuble TV. Il n’y a rien de plus moche qu’un meuble spécialement conçu pour accueillir une télévision. Moi vivant, jamais je n’achèterai de meuble TV. Ma télévision trouvera place sur un meuble non conçu à cet usage et c’est un principe de vie auquel je ne dérogerai pas (sauf si je jette ma télé, auquel cas, il pourrait être intéressant d’acheter un meuble TV). Les salons spécialement agencés autour d’un canapé et d’un meuble TV constituent l’une des plus grandes abominations de l’esthétique contemporaine.

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© Wikimédia / Anna Markova

Mais ce qui me révolte le plus, en ce moment, a trait à ce qui fait florès depuis quelques années chez les restaurateurs : le fameux “café gourmand” (ah rien que le terme hérisse mes – nombreux – poils). Toutes les brasseries ont adopté cette invention ignoble. Vous connaissez le principe : au lieu de commander un dessert puis un café, il est proposé plusieurs petits desserts sur une assiette en même temps que le café. Ainsi, plutôt que de payer disons, pour une brasserie parisienne de base, 9 euros pour un dessert et 2 euros pour un café, vous aurez pour 7 ou 8 euros un café ET un assortiment de desserts. Évidemment, ça paraît avantageux. Aujourd’hui, selon une étude spécialisée, environ 40 % des restaurateurs auraient inscrit le café gourmand à leur carte. Et bien moi je m’insurge.

En premier lieu, c’est bien sûr la qualité des mini-desserts proposés, le plus souvent médiocres et sans aucun intérêt, qui doit être dénoncée. Au moins, avec le dessert classique, on pouvait espérer que le chef fabrique lui-même une tarte ou une mousse au chocolat du jour (c’est rare… mais ça existe). Avec le principe du café gourmand, impossible, le plus souvent, de faire à la fois un gâteau, une mousse, un macaron, une tarte… en plus des desserts à la carte. Bref, c’est l’aveu immédiat qu’il ne s’agit pas de fait maison… Et bien sûr de nombreux prestataires proposent des cafés gourmands déjà prêts. Regardez par exemple ce qu’on peut trouver en produits surgelés spécialisés pour les restaurateurs.  D’ailleurs, les cafés gourmands proposés reprennent rarement les desserts à la carte. Preuve qu’il s’agit souvent de produits industriels tout faits !

Le deuxième point est que je ne comprends pas ce principe en termes gastronomiques. La cuisine, c’est l’art de l’harmonie. Et souvent le café gourmand consiste à mélanger tout et n’importe quoi, par exemple un macaron au café, avec une mini-part de tarte à la rhubarbe et une crème caramel. Ou alors un flan, une crème et une mousse (que du mou…). Bref, cela n’a ni queue ni tête. Et puis pourquoi faudrait-il impérativement que le dessert soit ainsi segmenté en plein de mini-parts ?  D’autant plus que c’est souvent l’occasion de multiplier les verrines et je hais les verrines. Va-t-on aussi faire des entrées gourmandes, des plats gourmands ? Manger des petits échantillons de préparations vaguement cuisinées ? Faire des tapas party ?

patissier

Wikimédia. Recueil des modes de la cour de France, « Le Patissier »

Heureusement, cette pratique n’a pas atteint les restaurants gastronomiques (c’est d’ailleurs un bon critère si vous cherchez un restaurant haut de gamme, s’il propose un “café gourmand”, vous pouvez passer votre chemin), qui disposent d’un pâtissier dédié dans leur brigade. Là, les desserts seront des créations et si plusieurs sont proposés à la suite (dans un menu dégustation par exemple), ils seront tout en cohérence et en harmonie. Et dans ces restaurants, cela fait longtemps qu’ils développent une pratique bien plus agréable et savoureuse que les cafés gourmands : les mignardises qui accompagnent le café, l’infusion ou le digestif. Juste une petite création pâtissière pour accompagner la fin du repas. C’est offert, c’est bon, c’est classe. J’adore, dans ces restaurants, traîner, commander un café (ou plutôt un digestif) juste pour goûter les mignardises. Parce que le problème du café gourmand, c’est celui-là au fond : il est fait pour accélérer le temps, prendre son dessert, son café et l’addition en même temps (ils n’ont qu’à inventer le plateau-repas gourmand pendant qu’on y est). Alors que moi, ce que je veux, et bien c’est prendre le temps, savourer, laisser les minutes filer, siroter mon café ou mon digestif après avoir bien mangé, flâner en terrasse, profiter.

Bon allez, ça y est, je suis calmé. Merci.

Tumblerrrrre…

16 Mai

Bon voilà, il est 23 h mercredi soir et je dois produire un billet pour Deux poulettes. Et là : la panne. Pas d’idée, pas d’énergie (non, non, je ne déprime pas). Alors je traîne sur Internet et là eureka, je vais vous parler des Tumblr, ma nouvelle passion (euh si, ça c’est un signe de déprime quand même !). Les Tumblr, ce sont des blogs qui privilégient le plus souvent la forme courte, un mélange de réseau social et de Twitter avec beaucoup d’images (souvent des gif animés, plus geek tu meurs), c’est clair non ?

Je vous ai donc fait une petite sélection de mes préférés.

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Quand tu es féministe

Spéciale dédicaces aux Deux poulettes, avec le Tumblr d’Osez le féminisme. Assez poilant je dois dire. http://quandtuesfeministe.tumblr.com

Exemple :
Quand quelqu’un te dit que “tous les couples autour de lui partagent équitablement les tâches ménagères”

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Bands d’amateurs

Pour apprécier celui-là, il faut connaître un peu le monde de la musique et des maisons de disques, mais je le trouve particulièrement drôle.
http://bandsdamateurs.tumblr.com

Exemple :Quand un groupe cite Pink Floyd, le Velvet et Squarepusher comme influence, et sonne comme Marcel et son Orchestre.

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Dans la vie des libres de droits 

On se moque ici des photos libres de droits, absurdes et reflets du monde contemporain, publicitaire et aseptisé. Un vrai bijou. http://danslavielibrededroits.tumblr.com

Exemple :

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Vie de Parisien 

Tout Parisien se retrouvera inévitablement dans au moins l’une des situations décrites (sinon toutes) ! http://viedeparisien.fr

Exemple : 

« Quand un parisien doit se rendre à une soirée en banlieue »

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Chers voisins 

L’un des Tumblr les plus célèbres. Il récolte les affichettes dans les immeubles à l’intention de ses voisins. On y trouve de tout : du gentillet, du gore, du rigolo, du flippant. http://chersvoisins.tumblr.com

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Par contre, si quelqu’un peut m’indiquer comment cela se prononce Tumblr, cela m’aiderait beaucoup dans ma vie quotidienne (par exemple quand je clame à mes collègues de bureau : « Et tu as vu le nouveau Tumblr que je t’ai envoyé ? »). Dit-on tum-ble-ère ou tumblrrrrrr ou tumblere ? Merci pour votre aide.

Les petits chameaux

25 Avr

chameau“Ah les p’tits chameaux”, c’est une expression de ma grand-mère maternelle, encore elle. Et suite à mon précédent billet, c’est de circonstance pour qualifier votre choix en faveur de l’histoire de la machine à laver que je dois maintenant vous raconter. Elle utilise cette expression “Les p’tits chameaux” pour désigner les enfants qui font une bêtise pas méchante. Ce n’est pas vraiment une bêtise, mais vous êtes vraiment des p’tits chameaux de m’obliger à ouvrir la boîte à souvenirs de ma vie de famille !

Mais en même temps cela tombe bien car figurez-vous que ma grand-mère maternelle – Marguerite – a 84 ans aujourd’hui ! Elle a vécu toute sa vie dans un périmètre d’une dizaine de kilomètres dans le pays d’Auge, pas très loin du village de Camembert pour vous situer (vous voyez non ?). Elle a eu 10 enfants, 22 petits-enfants et a aujourd’hui 3 arrières petits-enfants. Elle a vécu la majeure partie de sa vie (54 ans !) dans la ferme de ses parents reprise par mon grand-père, avant de rejoindre un pavillon dans une petite ville de l’Orne où elle coule des jours heureux.

laverIl y a une dizaine d’années, j’avais interviewé ma grand-mère avec l’objectif d’en faire un récit de vie qui pourrait circuler dans la famille. Projet oublié mais j’ai retrouvé les retranscriptions de ces interviews. C’est impressionnant de constater combien en deux générations, de la vie de ma grand-mère à la mienne aujourd’hui, la transformation des modes de vie est grande. C’est banal comme propos, mais vu au prisme de son histoire familiale personnelle, c’est toujours sacrément émouvant. L’histoire de la machine à laver en est un bon exemple. Jusqu’à l’arrivée de la machine à laver dans la maison (dans les années soixante si je me souviens bien de ses propos, ce n’est pas dans les retranscriptions), il fallait laver son linge au lavoir. Elle n’avait pas encore 10 enfants à l’époque mais quand même. Vous imaginez le travail ! Et la première machine à laver, si elle a considérablement amélioré la vie quotidienne à la ferme, était quand même loin des machines modernes. C’était une machine semi-automatique, il ne suffisait pas de mettre le linge et de faire tourner, il y avait pas mal de manipulations à effectuer. D’ailleurs, si vous vous intéressez comme moi (!) à l’histoire des machines à laver, je vous conseille de consulter www.lamachinealaver.com.

Et puisque c’est l’anniversaire de ma grand-mère aujourd’hui, je vous livre en exclusivité mondiale  quelques mots qu’elle m’avait confiés à propos des anniversaires. 

« J’ai eu une surprise une fois. J’avais sept ans. Je m’en souviens. C’était mon anniversaire, le 25 avril. Il commençait déjà à faire nuit et papa me dit : “va fermer les fenêtres là-haut.”  Je lui dis y avoir déjà été mais il me répète : “non, elles ne doivent pas être fermées.” Alors, moi, j’avais pas du tout envie d’aller là-haut parce que j’étais vraiment trouillarde et il n’y avait pas de lumière. Alors, j’y suis tout de même allée et quand je suis revenue en courant en fermant les yeux – quand j’avais peur, je fermais les yeux – on m’a dit “bon anniversaire” et papa m’avait acheté des grosses pâquerettes. Et j’ai toujours eu un amour pour ces grosses pâquerettes qui vont du blanc jusqu’au rose. J’étais très étonnée par ce cadeau parce qu’on avait jamais de cadeau mais je ne sais pas, il avait dû penser à cela pour mon anniversaire. Et puis maman les a plantées devant le jardin. C’était une sacrée surprise ! »

paquerettesDe quoi faire réfléchir quant au business des anniversaires des enfants d’aujourd’hui, qui rivalisent dans la surenchère de cadeaux, d’animations ou de concepts ! Vous vous imaginez offrir aujourd’hui à une petite fille de sept ans des pâquerettes (même grosses…) comme seul cadeau d’anniversaire ? Ça pour une surprise, ce serait une surprise, mais qui risque fort de se terminer en crise de larmes !

 

Le billet qui n’existe pas (encore)

11 Avr

Solness

Solness le constructeur. La Colline. 2013.

J’aurais pu écrire un billet pédant sur l’essai érudit et passionnant que je viens de lire sur l’histoire de la cuisine et des restaurants (Bénédict Augé, Plats du jour : Sur l’idée de nouveauté en cuisine) ou sur la très belle et profonde pièce d’Ibsen mise en scène par Alain Françon au Théâtre national de La Colline (Solness le constructeur, jusqu’au 25 avril). J’aurais pu vous parler du temps qu’il fait (le printemps qui arrive enfin) ou du temps qui passe (la jeunesse qui s’en va). J’aurais pu m’enthousiasmer pour le match de football d’hier soir ou vous raconter l’exercice d’équilibriste consistant à utiliser sa bicyclette dans les rues parisiennes. J’aurais pu avouer ma dépendance (honteuse) à l’émission culinaire Top Chef. J’aurais pu – pourquoi pas – faire un billet politique, en me félicitant d’être un fidèle abonné de Mediapart depuis la création du journal ou en expliquant pourquoi les manifestants contre le mariage homosexuel me révulsent dans un mouvement conjoint d’indignation, de colère, mais aussi de tristesse. J’aurais pu évoquer mon travail qui reste incompréhensible (voire inutile) pour la plupart des gens que je rencontre, et pour ma grand-mère en particulier. J’aurais pu aussi vous parler de ma grand-mère, la seule représentante de mes grands-parents encore de ce monde. Elle qui éleva dix enfants dans la campagne normande et qui me raconta l’autre jour l’événement et le soulagement immense que fut l’arrivée de la machine à laver le linge dans les années soixante. J’aurais pu expliquer comment je me suis retrouvé samedi dernier à passer la journée dans un champ à planter des centaines d’oignons. J’aurais pu m’amuser du marché immobilier parisien alors que nous prospectons avec ma douce pour acheter un appartement, et notamment des mentions des annonces : “charme de l’ancien” (=immeuble pourri), “atypique” (=mal foutu), “quartier vivant” (=très bruyant), etc. J’aurais pu chroniquer la réouverture du Foyer Vietnam, l’excellent restaurant viet’ de la place Monge (80 rue Monge).

***

J’aurais pu…

Devant l’immense indécision qui m’a étreint devant le choix du billet du jour, je vous propose donc, chères lectrices, chers lecteurs, le premier billet interactif de Deux poulettes & Co (c’est un peu le billet dont vous êtes le héros…) ! Indiquez en commentaire le sujet évoqué ci-dessus qui vous paraît le plus “intéressant” (j’aurais pu aussi écrire une bafouille sur l’usage abusif des guillemets dans la langue française…) et j’en ferai mon prochain billet !

Femmes, mes amies !

28 Mar

giacometti

Alberto Giacometti. Homme et Femme. Centre Pompidou. Photo : Flickr, alexdelaforest.

Le billet de la poulette bleue sur le harcèlement sexuel m’a fait m’interroger sur un sujet digne des plus mauvais magazines féminins : l’amitié entre un homme et une femme. Les cas insupportables de harcèlement posent plus globalement la question du sexe dans les rapports hommes/femmes. Une relation entre une femme et un homme peut-elle échapper à une dimension sexuée, de la drague sympathique à la séduction mutuelle, en passant par le fléau du harcèlement ? Sujet pour Psychologie magazine peut-être, mais sujet quand même (en tout cas j’ai rien trouvé de mieux à écrire aujourd’hui !).

Selon une récente étude menée par des chercheurs de l’université de Wisconsin (qui mériterait certainement d’intégrer le Tumblr Les études à la con), l’amitié entre les hommes et les femmes serait impossible. En interrogeant 400 hommes et femmes adultes sur leurs amitiés, les chercheurs démontreraient que, dans la majorité des amitiés entre hommes et femmes observées, il existait toujours un minimum d’attirance sexuelle (surtout de la part des hommes comme par hasard). Plus encore, la recherche montre que les hommes et les femmes qui déclaraient le plus d’amis de sexe opposé étaient ceux qui étaient le moins heureux dans leurs relations amoureuses respectives. Autrement dit, le fait d’avoir des amis de sexe opposé au sien fragiliserait ses relations amoureuses. A moins que, du fait d’un dépit amoureux existant, on se tourne plus facilement vers des « amis » d’un autre sexe que le sien, dans l’espoir peut-être de faire quelques conquêtes parmi ces nouveaux amis ! Ça y est, la boucle est bouclée : si on a un ami de sexe opposé, c’est toujours avec une arrière-pensée sexuelle.

femme

Photo : Flickr, philippe leroyer.

Je n’ai pas lu l’étude dans le détail pour tenter d’en décrypter d’éventuels contresens. Mais, sans faire le psychanalyste sauvage, je rappellerais d’abord que le sexe est partout, de façon consciente ou inconsciente, refoulée ou acceptée, et ce avec ses amis (y compris de sexe identique au sien) ou même sa famille (si, si relisez Freud). Il suffit d’assister à une soirée entre mecs hétéros (je sais de quoi je parle là) pour constater à quel point la sexualité est présente via des blagues plus ou moins salaces sur l’homosexualité (=refoulement profond ?). Ce n’est donc pas parce qu’une relation sexuelle potentielle, voire une attirance à certains moments, existe entre un homme et une femme que l’amitié est impossible.

J’ai et j’ai eu plein d’amies femmes. J’ai connu de splendides relations d’amitié avec des femmes. J’ai eu une grande amie pendant toute mon enfance. J’ai vécu en colocation avec une amie qui le reste aujourd’hui. Je suis le parrain du fils d’une femme avec qui j’ai développé une immense amitié. Pendant mes années de fac en Provence, mes deux meilleurs amis étaient des femmes. Ah et puis j’oubliais, je participe à un blog de filles…

Ces amitiés ont existé sans ambiguïté sexuelle ou presque, même quand j’étais célibataire. “Presque” effectivement, parce qu’une ambiguïté peut naître dans ce type de relation (en tout cas entre hétérosexuels), surtout au début. Mais quand on s’aperçoit que ce qui nous unit à l’autre n’a pas à voir avec l’attirance physique, l’amitié peut se déployer (en cas inverse, une autre relation peut exister, et alors, c’est bien aussi !). Petit raisonnement par l’absurde : on ne peut pas avoir de désir pour TOUTES les femmes non ? (sauf certains hommes politiques peut-être…) Et encore moins de l’amour non ? Pourquoi ne peut-on pas être ami avec une femme qu’on ne désire pas ? La barrière du sexe est-elle infranchissable ?

Je suis convaincu du contraire. Les amitiés hommes/femmes sont importantes parce qu’elles permettent une richesse. Comment peut-on n’avoir que des amis hommes (quand on est un homme) ? Comment se priver d’amitié avec la moitié de ses concitoyens ? Je ne dirais pas non plus que les amitiés avec des femmes sont différentes des amitiés avec des hommes. Je déteste ces poncifs sur les prétendues qualités féminines (douceur, compréhension, psychologie, etc.) qui permettraient notamment de développer des relations d’amitié différentes avec les femmes. Non, simplement, certaines personnes me donnent envie de les connaître, certaines de ces personnes sont devenues des amis proches ou moins proches. Il y a parmi ces personnes des hommes et des femmes. Bref, l’amitié homme/femme, c’est pour moi une évidence, c’est le monde d’aujourd’hui ou, du moins, le monde tel qu’il devrait être. Dans une société d’égalité entre les hommes et les femmes (on en est loin je suis d’accord), cela ne devrait être que naturel.

Désolé pour ce billet peut-être un peu trop sérieux ou ennuyeux. Bon, on a quand même le droit de rire de ce sujet (y compris grassement !) :

Radis noir mon amour

11 Mar

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Des radis noirs.

La Poulette Rose a abandonné ce blog il y a quelques mois mais elle reste discrètement active en coulisse (c’est ça le vrai pouvoir…), par exemple en me soufflant des idées de billets. Me faisant part de son désarroi devant le radis noir qu’elle trouvait parfois dans son panier bio, je lui ai promis de lui donner de l’inspiration. J’ai ainsi passé un peu de temps en cuisine ce week-end afin de vous démontrer toutes les ressources de ce splendide légume. Accessoirement, cela m’a permis de terminer tous les radis noirs qui traînaient dans mon frigo (ah les paniers de l’Amap !).

C’est magique pourtant le radis noir. Saviez-vous que ce légume possède de multiples propriétés ? Il serait ainsi recommandé pour les troubles digestifs, aurait des propriétés anti-oxydantes, serait anti-cancérigène et constituerait le légume idéal d’un régime détox (notamment pour le foie, d’où l’existence d’extraits de radis noir en gélules vendues en pharmacie). Mais le radis noir, au-delà de ses propriétés médicinales, est aussi très intéressant en cuisine. Son goût piquant vous permettra de « twister » vos salades ou vos apéritifs (dans les magazines de cuisine ils adorent utiliser le verbe « twister », c’est fun non ?).

En apéritif, des simples rondelles de radis noir agrémentées d’une crème de saumon ou de sardine et de zestes de citron, c’est extra. A ce propos, je vous conseille d’aller faire un tour à La Petite Chaloupe, une épicerie spécialisée dans les produits de la mer, où vous trouverez de multiples boîtes de sardines (70 références !) et autres spécialités maritimes en conserve, d’une qualité incroyable (La Petite Chaloupe, 7 boulevard de Port Royal, 75013).

En entrée, une petite assiette de crudités, avec des rondelles de carottes et radis noir en mille-feuille, saupoudrées de chou rouge finement râpé et vinaigrette au yuzu. Une jolie assiette toute simple (et qui m’a permis de tester avec ravir mon nouveau jouet : la mandoline japonaise).

En plat, un flan de radis noir et persil. Vous prenez deux radis noirs moyens (500g à peu près), vous les coupez en dès et les faites cuire une demi-heure dans de l’eau salée. 5 minutes avant la fin, vous rajoutez un 1/2 verre de persil émincé. Vous égouttez et vous mixez le tout avec un peu de crème. Parallèlement, vous battez 4 oeufs, vous rajoutez 15 cl de crème liquide, un peu de comté rapé, des dès de jambon fumé et une pincée de maïzena. Vous mélangez le tout avec la préparation radis-persil, vous salez (pas trop si vous mettez beaucoup de jambon), poivrez et rajoutez une cuillère à café de cumin. Il faut que ce soit bien liquide mais pas trop ! Vous mettez la préparation dans un moule à soufflé préalablement beurré, et c’est parti pour 20/25 minutes au four préchauffé à 220°.

Le résultat de toutes ces préparations sont en en photos ci-dessous (mon téléphone n’est pas idéal pour des reportages culinaires et je suis un très mauvais photographe, mais ça donne une idée !). Voilà, j’ai enfin fait mon coming-out : j’aime le radis noir.

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Canapés de radis à la crème de saumon, zestes de citrons.

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Carottes et radis noirs en mille-feuille, émincé de chou-rouge, vinaigrette au yuzu.

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Flan de radis noir et persil, jambon et cumin.

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Une part de flan.