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Nom de code de l’opération: « la DS est cassée »

4 Nov

Repérages réalisés cet été et tout au long de l’année, renseignements pris auprès des plus proches, j’étais fin prête.

Objectif : rendre agréable (éventuellement inoubliable!) un séjour de quelques jours (soyons prudent) à Paris pour mes neveu et nièce (10 et 12 ans…) dans un minuscule appartement.

tsf Général de GaulleNom de code de la mission : La DS (….Nintendo…pas Citroën) est cassée. Je répète, La DS est cassée.

Provisions : 

Petit déjeuner : lait et Nesquick, briochettes Pasquier, pot de Nutella, beurre doux.

Repas du soir : poissons panés-riz,c rêpes jambon-fromage et épinards (?!) et les incontournables pizzas.

Ketchup,ok. Mayo,ok. Coca aussi. Dannette crousti et fromage blanc en quantité. Malabar et Schtroumpfs Haribo prêts à être largués, Prince, Granola et tartelettes à la fraise en réserve.

Pour le midi: Mac Do

Organisation : anticiper et improviser en cas de difficulté.

Renforts : aucun

Détail de la mission :

Le matin : prendre un peu son temps, étirer le petit déjeuner et ne pas trop rouspéter si la toilette s’éternise, le tout pour un départ vers les 10h30/11h00

Le soir : stock de films sur ma clef USB, au cas où (pas mal Rango).

Entre les deux :

1er jour : Musée d’histoire naturelle avec la grande Galerie de l’évolution et le département paléontologie pour ses gigantesques squelettes de baleines franche, mammouth et impressionnants dinosaures

2ème jour : la Cité des enfants à la Villette et le sous-marin l’Argonaute

3ème et dernier jour avant le retour de la maman, Open de tennis de Bercy (et ouais, et en plus, ça faisait aussi plaisir aux grands…Federer, royal)

Locomotion : Tgv (1er trajet en train de leur petite vie) , métro, tramway…franc succès (!).

Bilan :

organisation réussie grâce à l’achat des billets à l’avance: l’essentiel des monstrueuses files d’attente évité (puisqu’on a tous eu les mêmes idées en même temps ou alors Paris n’est peuplé que d’enfants), dont celle d’1h30 à la Cité des Sciences pour cause de panne informatique…

Sinon : « J’ai trop chaud », « baaas il pleut », « c’est loin », « c’est long », « pourquoi on attend ? », « on y va ?», « c’est déjà fini ? », « c’était super (quand même!) », « on fait quoi après ? », « j’aime bien le métro », « c’était ça la surprise ? »

J’exagère un peu mais, on le sait, la société de consommation amène autant de frustrations chez les enfants que chez les adultes. Les premiers parce que peu de choses les émerveille désormais ou pour un temps fugace, pas plus long que la mastication d’un malabar avant qu’il ne perde son goût…et les seconds parce qu’ils en sont déçus, se rappelant pour certains leur propre enfance où la valeur de « l’offert » était pleinement appréciée, quand les sorties et cadeaux n’étaient pas si courants…et la joie du souvenir plus intense.

En colère

2 Oct

coquelicot

© Poulette rose.

Cela fait de longs mois maintenant que les Deux poulettes & co sont muettes. Nous sommes partis pour de longues vacances (sur des continents au bout du monde… ou à Camaret), nous avons bullé des heures durant aux terrasses des cafés, dans les parcs, à la plage… ou sur notre canapé. Devant le plaisir procuré par une telle oisiveté, nous avons même songé – un court instant – à arrêter de publier ici des chroniques culturelles, sentimentales, politiques… ou futiles. Mais nous nous sommes repris en main. Face aux centaines de mails que nous avons reçus de vous, fidèles lecteurs, en colère d’être privés depuis si longtemps de Deux poulettes, nous reprenons d’arrache-pied notre sacerdoce et vous retrouverez ici, deux à trois par mois (histoire de garder un peu de temps pour l’oisiveté), des billets toujours aussi savoureux, drôles, brillants… ou pas. Et pour ne rien manquer de nos billets, il faut vous abonner, c’est à votre droite après Keep in touch !

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© Wikimédia / Per Palmkvist Knudsen

En ce qui me concerne, j’ai passé ces quelques mois d’absence ici à ruminer. En l’absence d’exutoire sur la grande toile, j’ai intériorisé, j’ai gardé pour moi des sujets d’importance capitale dont il faut impérativement que je vous parle. Moi aussi, je suis en colère, et j’ai besoin de me défouler. Tant de sujets me révoltent. Prenez par exemple le sandwich à la mayonnaise. N’est-il pas inconcevable que la plupart des boulangeries proposent systématiquement de la mayonnaise dans les sandwichs crudités ou poulet ? C’est tout à fait anormal, cruel, dégueulasse.

Dans un autre registre, je suis farouchement opposé à l’esthétique du meuble TV. Il n’y a rien de plus moche qu’un meuble spécialement conçu pour accueillir une télévision. Moi vivant, jamais je n’achèterai de meuble TV. Ma télévision trouvera place sur un meuble non conçu à cet usage et c’est un principe de vie auquel je ne dérogerai pas (sauf si je jette ma télé, auquel cas, il pourrait être intéressant d’acheter un meuble TV). Les salons spécialement agencés autour d’un canapé et d’un meuble TV constituent l’une des plus grandes abominations de l’esthétique contemporaine.

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© Wikimédia / Anna Markova

Mais ce qui me révolte le plus, en ce moment, a trait à ce qui fait florès depuis quelques années chez les restaurateurs : le fameux “café gourmand” (ah rien que le terme hérisse mes – nombreux – poils). Toutes les brasseries ont adopté cette invention ignoble. Vous connaissez le principe : au lieu de commander un dessert puis un café, il est proposé plusieurs petits desserts sur une assiette en même temps que le café. Ainsi, plutôt que de payer disons, pour une brasserie parisienne de base, 9 euros pour un dessert et 2 euros pour un café, vous aurez pour 7 ou 8 euros un café ET un assortiment de desserts. Évidemment, ça paraît avantageux. Aujourd’hui, selon une étude spécialisée, environ 40 % des restaurateurs auraient inscrit le café gourmand à leur carte. Et bien moi je m’insurge.

En premier lieu, c’est bien sûr la qualité des mini-desserts proposés, le plus souvent médiocres et sans aucun intérêt, qui doit être dénoncée. Au moins, avec le dessert classique, on pouvait espérer que le chef fabrique lui-même une tarte ou une mousse au chocolat du jour (c’est rare… mais ça existe). Avec le principe du café gourmand, impossible, le plus souvent, de faire à la fois un gâteau, une mousse, un macaron, une tarte… en plus des desserts à la carte. Bref, c’est l’aveu immédiat qu’il ne s’agit pas de fait maison… Et bien sûr de nombreux prestataires proposent des cafés gourmands déjà prêts. Regardez par exemple ce qu’on peut trouver en produits surgelés spécialisés pour les restaurateurs.  D’ailleurs, les cafés gourmands proposés reprennent rarement les desserts à la carte. Preuve qu’il s’agit souvent de produits industriels tout faits !

Le deuxième point est que je ne comprends pas ce principe en termes gastronomiques. La cuisine, c’est l’art de l’harmonie. Et souvent le café gourmand consiste à mélanger tout et n’importe quoi, par exemple un macaron au café, avec une mini-part de tarte à la rhubarbe et une crème caramel. Ou alors un flan, une crème et une mousse (que du mou…). Bref, cela n’a ni queue ni tête. Et puis pourquoi faudrait-il impérativement que le dessert soit ainsi segmenté en plein de mini-parts ?  D’autant plus que c’est souvent l’occasion de multiplier les verrines et je hais les verrines. Va-t-on aussi faire des entrées gourmandes, des plats gourmands ? Manger des petits échantillons de préparations vaguement cuisinées ? Faire des tapas party ?

patissier

Wikimédia. Recueil des modes de la cour de France, « Le Patissier »

Heureusement, cette pratique n’a pas atteint les restaurants gastronomiques (c’est d’ailleurs un bon critère si vous cherchez un restaurant haut de gamme, s’il propose un “café gourmand”, vous pouvez passer votre chemin), qui disposent d’un pâtissier dédié dans leur brigade. Là, les desserts seront des créations et si plusieurs sont proposés à la suite (dans un menu dégustation par exemple), ils seront tout en cohérence et en harmonie. Et dans ces restaurants, cela fait longtemps qu’ils développent une pratique bien plus agréable et savoureuse que les cafés gourmands : les mignardises qui accompagnent le café, l’infusion ou le digestif. Juste une petite création pâtissière pour accompagner la fin du repas. C’est offert, c’est bon, c’est classe. J’adore, dans ces restaurants, traîner, commander un café (ou plutôt un digestif) juste pour goûter les mignardises. Parce que le problème du café gourmand, c’est celui-là au fond : il est fait pour accélérer le temps, prendre son dessert, son café et l’addition en même temps (ils n’ont qu’à inventer le plateau-repas gourmand pendant qu’on y est). Alors que moi, ce que je veux, et bien c’est prendre le temps, savourer, laisser les minutes filer, siroter mon café ou mon digestif après avoir bien mangé, flâner en terrasse, profiter.

Bon allez, ça y est, je suis calmé. Merci.

Le monde sauvage d’Ebay

2 Mai

guepard 2Il y a quelques jours, je me suis surprise à regarder un reportage animalier. Dans la savane, deux femelles guépards et leurs portées tentent de survivre. 12 au départ, ils finiront à 8, 4 petits succombant avant la fin de leur première année. Certains sont morts de faim, d’autres tués par le lion qui n’y voyait que de futurs concurrents. Il ne les mangera pas, ça ne se fait pas entre félins (étonnant non ?). Le lion anéantit également les petits de sa propre espèce afin que la femelle puisse à nouveau être en chaleur. Chez les guépards, ça ne se fait pas en revanches. Ils défendent leur territoire, tentent l’affaire avec la femelle mais ne toucheront pas à ses petits, ils chercheront alors une femelle réceptive. J’aime bien les guépards. Plus fragiles et moins féroces, ils doivent toujours renoncer face aux lions, aux hyènes ou aux léopards. Leur force est ailleurs, dans leur puissance de course.

Tapi, il approche doucement de sa proie pour enfin s’élancer, la courser à plus de 90 km heures et dans un sprint final qui peut atteindre les 110, il fait vaciller d’un coup de patte la petite gazelle de Thomson. La vitesse du choc suffit souvent à tuer la petite antilope, sinon il la plaque au sol et enserre sa gorge. Loin de la torture qu’infligent les hyènes à leur victime, la  dévorant encore vivante. Le guépard doit ensuite patienter avant de manger sa proie, attendre que sa propre température baisse, que son cœur décélère tellement l’effort fut intense.

Quand j’étais plus jeune, j’adorais regarder ces documentaires, souvent réalisés, produits et commentés par Allain Bougrain-Dubourg, à la voix douce et aux propos toujours instructifs. Aujourd’hui, ils se font plus rares et j’ai décroché lorsque Pierre Arditi a pris le relais sur la voix off. Sa voix déjà si grave et les textes choisis accentuaient tant la tension dramatique de ces êtres constamment en danger que cela en devenait insupportable. Il a du terroriser toute une génération d’enfants, à son insu je le crains.

tomadoAlors quel rapport avec Ebay  me direz-vous?

Et bien la technique du guépard et les sensations bien sûr!

La jungle d’Ebay, des acheteurs à foison qui convoitent votre butin. En l’occurrence une très stylée étagère Tomado. Des semaines que je vois passer mes proies sans parvenir à en acquérir une. Alors j’ai étudié la technique des concurrents et là j’ai fini par la chopper l’étagère.

Je vous livre le secret :

Repérer la proie, rester tapi sans enchérir, inutile de réveiller les foules sur l’intérêt de l’objet.

Placer une petite enchère en milieu de parcours, à mi chemin entre le début et le jour de fin prévu de l’enchère.

Attendre à nouveau et n’intervenir qu’en tout dernier lieu.

C’est à dire : être au clair sur le prix maximum que vous êtes prêt à débourser, en ayant tout de même une idée du tarif moyen qui se pratique sur Ebay pour ce type d’objet. L’idéal est d’avoir une marge de manœuvre encore certaine entre l’enchère qui s’affiche dans la dernière heure et ce que vous êtes prêt à mettre.

10 mn avant la fin, c’est là que ça commence à s’agiter.

Placer une enchère automatique maximum intéressante mais qui ne sera pas votre dernier mot, afin de tâter le terrain. Il faut savoir que le prix maximum que vous venez de valider ne s’affiche pas et reste inconnu des autres enchérisseurs, l’enchère est juste à nouveau augmentée de 1 euro par rapport à la personne qui surenchérit sur votre prix, jusqu’à atteindre votre somme maximum. Là, le dernier enchérisseur pense peut-être avoir gagné la partie mais les vieux briscards ne s’y tromperont pas.

Et là, top chrono, 10 secondes avant la fin (quasiment juste le temps nécessaire pour appuyer deux fois sur le bouton « confirmer l’enchère ») vous placez votre enchère maximum, les autres n’auront plus le temps de la dépasser dans le délai imparti, n’en connaissant pas le montant comme je vous l’ai dit.

Honnêtement, cardiaque s’abstenir. Mon cœur bat à 100 à l’heure dans les dernières minutes et il me faut ensuite me reposer mais repue de mon plaisir d’avoir remporté l’objet convoité.

Oui, le parallèle entre le guépard et Ebay est ténu,  pour le moins original, je vous l’accorde…

Sinon, accessoirement un documentaire qui peut faire réfléchir …les humains of course.

http://www.arte.tv/guide/fr/045879-000/les-animaux-pensent-ils

le chat et le vieil homme de Murat Auvenc

Les petits chameaux

25 Avr

chameau“Ah les p’tits chameaux”, c’est une expression de ma grand-mère maternelle, encore elle. Et suite à mon précédent billet, c’est de circonstance pour qualifier votre choix en faveur de l’histoire de la machine à laver que je dois maintenant vous raconter. Elle utilise cette expression “Les p’tits chameaux” pour désigner les enfants qui font une bêtise pas méchante. Ce n’est pas vraiment une bêtise, mais vous êtes vraiment des p’tits chameaux de m’obliger à ouvrir la boîte à souvenirs de ma vie de famille !

Mais en même temps cela tombe bien car figurez-vous que ma grand-mère maternelle – Marguerite – a 84 ans aujourd’hui ! Elle a vécu toute sa vie dans un périmètre d’une dizaine de kilomètres dans le pays d’Auge, pas très loin du village de Camembert pour vous situer (vous voyez non ?). Elle a eu 10 enfants, 22 petits-enfants et a aujourd’hui 3 arrières petits-enfants. Elle a vécu la majeure partie de sa vie (54 ans !) dans la ferme de ses parents reprise par mon grand-père, avant de rejoindre un pavillon dans une petite ville de l’Orne où elle coule des jours heureux.

laverIl y a une dizaine d’années, j’avais interviewé ma grand-mère avec l’objectif d’en faire un récit de vie qui pourrait circuler dans la famille. Projet oublié mais j’ai retrouvé les retranscriptions de ces interviews. C’est impressionnant de constater combien en deux générations, de la vie de ma grand-mère à la mienne aujourd’hui, la transformation des modes de vie est grande. C’est banal comme propos, mais vu au prisme de son histoire familiale personnelle, c’est toujours sacrément émouvant. L’histoire de la machine à laver en est un bon exemple. Jusqu’à l’arrivée de la machine à laver dans la maison (dans les années soixante si je me souviens bien de ses propos, ce n’est pas dans les retranscriptions), il fallait laver son linge au lavoir. Elle n’avait pas encore 10 enfants à l’époque mais quand même. Vous imaginez le travail ! Et la première machine à laver, si elle a considérablement amélioré la vie quotidienne à la ferme, était quand même loin des machines modernes. C’était une machine semi-automatique, il ne suffisait pas de mettre le linge et de faire tourner, il y avait pas mal de manipulations à effectuer. D’ailleurs, si vous vous intéressez comme moi (!) à l’histoire des machines à laver, je vous conseille de consulter www.lamachinealaver.com.

Et puisque c’est l’anniversaire de ma grand-mère aujourd’hui, je vous livre en exclusivité mondiale  quelques mots qu’elle m’avait confiés à propos des anniversaires. 

« J’ai eu une surprise une fois. J’avais sept ans. Je m’en souviens. C’était mon anniversaire, le 25 avril. Il commençait déjà à faire nuit et papa me dit : “va fermer les fenêtres là-haut.”  Je lui dis y avoir déjà été mais il me répète : “non, elles ne doivent pas être fermées.” Alors, moi, j’avais pas du tout envie d’aller là-haut parce que j’étais vraiment trouillarde et il n’y avait pas de lumière. Alors, j’y suis tout de même allée et quand je suis revenue en courant en fermant les yeux – quand j’avais peur, je fermais les yeux – on m’a dit “bon anniversaire” et papa m’avait acheté des grosses pâquerettes. Et j’ai toujours eu un amour pour ces grosses pâquerettes qui vont du blanc jusqu’au rose. J’étais très étonnée par ce cadeau parce qu’on avait jamais de cadeau mais je ne sais pas, il avait dû penser à cela pour mon anniversaire. Et puis maman les a plantées devant le jardin. C’était une sacrée surprise ! »

paquerettesDe quoi faire réfléchir quant au business des anniversaires des enfants d’aujourd’hui, qui rivalisent dans la surenchère de cadeaux, d’animations ou de concepts ! Vous vous imaginez offrir aujourd’hui à une petite fille de sept ans des pâquerettes (même grosses…) comme seul cadeau d’anniversaire ? Ça pour une surprise, ce serait une surprise, mais qui risque fort de se terminer en crise de larmes !

 

Le billet qui n’existe pas (encore)

11 Avr

Solness

Solness le constructeur. La Colline. 2013.

J’aurais pu écrire un billet pédant sur l’essai érudit et passionnant que je viens de lire sur l’histoire de la cuisine et des restaurants (Bénédict Augé, Plats du jour : Sur l’idée de nouveauté en cuisine) ou sur la très belle et profonde pièce d’Ibsen mise en scène par Alain Françon au Théâtre national de La Colline (Solness le constructeur, jusqu’au 25 avril). J’aurais pu vous parler du temps qu’il fait (le printemps qui arrive enfin) ou du temps qui passe (la jeunesse qui s’en va). J’aurais pu m’enthousiasmer pour le match de football d’hier soir ou vous raconter l’exercice d’équilibriste consistant à utiliser sa bicyclette dans les rues parisiennes. J’aurais pu avouer ma dépendance (honteuse) à l’émission culinaire Top Chef. J’aurais pu – pourquoi pas – faire un billet politique, en me félicitant d’être un fidèle abonné de Mediapart depuis la création du journal ou en expliquant pourquoi les manifestants contre le mariage homosexuel me révulsent dans un mouvement conjoint d’indignation, de colère, mais aussi de tristesse. J’aurais pu évoquer mon travail qui reste incompréhensible (voire inutile) pour la plupart des gens que je rencontre, et pour ma grand-mère en particulier. J’aurais pu aussi vous parler de ma grand-mère, la seule représentante de mes grands-parents encore de ce monde. Elle qui éleva dix enfants dans la campagne normande et qui me raconta l’autre jour l’événement et le soulagement immense que fut l’arrivée de la machine à laver le linge dans les années soixante. J’aurais pu expliquer comment je me suis retrouvé samedi dernier à passer la journée dans un champ à planter des centaines d’oignons. J’aurais pu m’amuser du marché immobilier parisien alors que nous prospectons avec ma douce pour acheter un appartement, et notamment des mentions des annonces : “charme de l’ancien” (=immeuble pourri), “atypique” (=mal foutu), “quartier vivant” (=très bruyant), etc. J’aurais pu chroniquer la réouverture du Foyer Vietnam, l’excellent restaurant viet’ de la place Monge (80 rue Monge).

***

J’aurais pu…

Devant l’immense indécision qui m’a étreint devant le choix du billet du jour, je vous propose donc, chères lectrices, chers lecteurs, le premier billet interactif de Deux poulettes & Co (c’est un peu le billet dont vous êtes le héros…) ! Indiquez en commentaire le sujet évoqué ci-dessus qui vous paraît le plus “intéressant” (j’aurais pu aussi écrire une bafouille sur l’usage abusif des guillemets dans la langue française…) et j’en ferai mon prochain billet !

Moi, parano ?

3 Avr

Moi parano

Ça s’est passé en plein milieu de l’après-midi. 6 mois après sa disparition.

J’étais postée face à ma petite chaîne Hifi, posée sur le second plateau de ma lourde étagère en fer forgé, d’inspiration indienne et décorée d’animaux sacrés comme l’éléphant ou le lama. J’avais suspendu aux différents montants divers objets qui donnaient à l’ensemble un côté encore plus exotique, aventurier (!) voire cabinet de curiosité (hippocampe -séché, corail, dents (!)…): deux vieux appareils photos glissés dans leur pochette en cuir, une courge de la Guadeloupe gravée et évidée pour faire office de gourde, des rubans colorés, une suspension lumineuse ornée de rangées de gouttes en verre façon années 20 ou 30, une canette de soda habilement découpée et colorée qui représentait maintenant un petit autocar avec passagers et bagages et confectionnée à Madagascar et puis un ancien parapluie, très élégant, noir et doré, qui avait appartenu à mon arrière grand-mère…

Je me penchais un peu plus pour ranger quelques CD, distinguer le nom de l’artiste sur la tranche du boîtier. Tout était très calme dans mon appartement situé en dernier étage. C’est alors que je perçus comme un très léger cliquetis. Je tendis davantage l’oreille. C’était clair. J’entendais nettement un discret mais distinct « tic-tac….tic-tac….tic-tac… ».

Naturellement, je pensais immédiatement à une bombe.

Mon sang venait de faire un tour et mon esprit s’emballait…Maaais bien sûr…. !

J’avais bien senti cette présence, ces derniers temps, à chacune de mes sorties et puis cette même chaine hifi qui n’avait jamais été fichue de capter les stations de radio

Pourtant, quelque chose m’échappait. Mon passage aux RG (!)* datait maintenant, pourquoi m’en voudrait-on à ce point, au point de me faire disparaître… ??!!

Le « tic-tac » semblait venir de la droite, du côté du parapluie…Oui, c’était bien ça, à l’intérieur du parapluie…

Et là, je m’exclama : Non, c’est pas vrai… !

Un éclair de lucidité venait de me transpercer l’esprit…(sans séquelle aujourd’hui).

Je repensais à la disparition totalement énigmatique survenue il y a plus de 6 mois…

C’était au matin de mon départ en vacances, le 6 août très exactement, et je venais de cacher pour 6 longs mois ma magnifique montre Swatch au creux des baleines d’un parapluie.

 

* Tout est vrai, naturellement, sauf peut-être cette idée de bombe et mon passage aux RG…Mytho, aussi… ?!

Femmes, mes amies !

28 Mar

giacometti

Alberto Giacometti. Homme et Femme. Centre Pompidou. Photo : Flickr, alexdelaforest.

Le billet de la poulette bleue sur le harcèlement sexuel m’a fait m’interroger sur un sujet digne des plus mauvais magazines féminins : l’amitié entre un homme et une femme. Les cas insupportables de harcèlement posent plus globalement la question du sexe dans les rapports hommes/femmes. Une relation entre une femme et un homme peut-elle échapper à une dimension sexuée, de la drague sympathique à la séduction mutuelle, en passant par le fléau du harcèlement ? Sujet pour Psychologie magazine peut-être, mais sujet quand même (en tout cas j’ai rien trouvé de mieux à écrire aujourd’hui !).

Selon une récente étude menée par des chercheurs de l’université de Wisconsin (qui mériterait certainement d’intégrer le Tumblr Les études à la con), l’amitié entre les hommes et les femmes serait impossible. En interrogeant 400 hommes et femmes adultes sur leurs amitiés, les chercheurs démontreraient que, dans la majorité des amitiés entre hommes et femmes observées, il existait toujours un minimum d’attirance sexuelle (surtout de la part des hommes comme par hasard). Plus encore, la recherche montre que les hommes et les femmes qui déclaraient le plus d’amis de sexe opposé étaient ceux qui étaient le moins heureux dans leurs relations amoureuses respectives. Autrement dit, le fait d’avoir des amis de sexe opposé au sien fragiliserait ses relations amoureuses. A moins que, du fait d’un dépit amoureux existant, on se tourne plus facilement vers des « amis » d’un autre sexe que le sien, dans l’espoir peut-être de faire quelques conquêtes parmi ces nouveaux amis ! Ça y est, la boucle est bouclée : si on a un ami de sexe opposé, c’est toujours avec une arrière-pensée sexuelle.

femme

Photo : Flickr, philippe leroyer.

Je n’ai pas lu l’étude dans le détail pour tenter d’en décrypter d’éventuels contresens. Mais, sans faire le psychanalyste sauvage, je rappellerais d’abord que le sexe est partout, de façon consciente ou inconsciente, refoulée ou acceptée, et ce avec ses amis (y compris de sexe identique au sien) ou même sa famille (si, si relisez Freud). Il suffit d’assister à une soirée entre mecs hétéros (je sais de quoi je parle là) pour constater à quel point la sexualité est présente via des blagues plus ou moins salaces sur l’homosexualité (=refoulement profond ?). Ce n’est donc pas parce qu’une relation sexuelle potentielle, voire une attirance à certains moments, existe entre un homme et une femme que l’amitié est impossible.

J’ai et j’ai eu plein d’amies femmes. J’ai connu de splendides relations d’amitié avec des femmes. J’ai eu une grande amie pendant toute mon enfance. J’ai vécu en colocation avec une amie qui le reste aujourd’hui. Je suis le parrain du fils d’une femme avec qui j’ai développé une immense amitié. Pendant mes années de fac en Provence, mes deux meilleurs amis étaient des femmes. Ah et puis j’oubliais, je participe à un blog de filles…

Ces amitiés ont existé sans ambiguïté sexuelle ou presque, même quand j’étais célibataire. “Presque” effectivement, parce qu’une ambiguïté peut naître dans ce type de relation (en tout cas entre hétérosexuels), surtout au début. Mais quand on s’aperçoit que ce qui nous unit à l’autre n’a pas à voir avec l’attirance physique, l’amitié peut se déployer (en cas inverse, une autre relation peut exister, et alors, c’est bien aussi !). Petit raisonnement par l’absurde : on ne peut pas avoir de désir pour TOUTES les femmes non ? (sauf certains hommes politiques peut-être…) Et encore moins de l’amour non ? Pourquoi ne peut-on pas être ami avec une femme qu’on ne désire pas ? La barrière du sexe est-elle infranchissable ?

Je suis convaincu du contraire. Les amitiés hommes/femmes sont importantes parce qu’elles permettent une richesse. Comment peut-on n’avoir que des amis hommes (quand on est un homme) ? Comment se priver d’amitié avec la moitié de ses concitoyens ? Je ne dirais pas non plus que les amitiés avec des femmes sont différentes des amitiés avec des hommes. Je déteste ces poncifs sur les prétendues qualités féminines (douceur, compréhension, psychologie, etc.) qui permettraient notamment de développer des relations d’amitié différentes avec les femmes. Non, simplement, certaines personnes me donnent envie de les connaître, certaines de ces personnes sont devenues des amis proches ou moins proches. Il y a parmi ces personnes des hommes et des femmes. Bref, l’amitié homme/femme, c’est pour moi une évidence, c’est le monde d’aujourd’hui ou, du moins, le monde tel qu’il devrait être. Dans une société d’égalité entre les hommes et les femmes (on en est loin je suis d’accord), cela ne devrait être que naturel.

Désolé pour ce billet peut-être un peu trop sérieux ou ennuyeux. Bon, on a quand même le droit de rire de ce sujet (y compris grassement !) :